RÉFLEXIONS pour Lc 13:1-17 — le 9 août 2024

RÉFLEXIONS pour Lc 13:1-17

Les personnes religieuses ont de tout temps été certaines de l'existence d'une rétribution durant la vie et après la mort. Beaucoup étaient convaincues d'une rétribution précisément durant la vie : sinon du bien-être et de la prospérité du juste, du moins du fait que rien de terrible ne devait lui arriver. Pourtant, la vie démentait souvent ces attentes. Voici donc que l'on interroge Jésus sur l'un de ces cas. Nous ignorons les détails historiques de l'incident, mais il est évident qu'Hérode, tristement célèbre pour sa cruauté imprévisible, a fait exécuter des gens qui, semble-t-il, étaient non seulement innocents, mais aussi connus pour leur vie juste. La question était tout à fait naturelle : pour quelle faute ? Pourquoi eux précisément ? Ils étaient pourtant justes.

C'est la même question que s'étaient déjà posée l'Ecclésiaste et l'auteur du livre de Job. L'une de ces « questions maudites » auxquelles on a donné quantité de réponses plus ou moins acceptables, mais aucune qui touche au fond. Jésus donne une réponse, mais peut-être pas celle que l'on attendait de lui. En guise de réponse, il propose de se souvenir d'une histoire dont nous savons encore moins que de l'exécution des justes : celle de la tour de Siloé. À en juger par les paroles du Sauveur, elle s'est effondrée subitement.

Des gens ont péri dans cette catastrophe que nous qualifierions aujourd'hui de technologique, et le Sauveur pose une question rhétorique : pensez-vous que ceux qui sont morts sous les décombres de la tour étaient les plus pécheurs de la ville ? Et il ajoute : si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. Une réponse effrayante par sa franchise, et pourtant porteuse d'espérance. Effrayante parce qu'elle montre clairement que le monde déchu est injuste par définition et ne sera jamais autrement. Il ne peut tout simplement pas être autrement.

Le mal dans lequel il est plongé ne touche pas seulement la société ou des personnes particulières. Le hasard même qui règne dans le monde déchu, les processus soumis aux lois des grands nombres et qui ignorent totalement l'individu, qu'il soit bon ou mauvais, ne laissent aucune place à une juste rétribution. Dans un tel monde, les gens souffrent souvent non parce qu'ils sont mauvais, mais parce qu'ils se sont trouvés au mauvais endroit au mauvais moment. Et il n'existe qu'un moyen d'y échapper : se convertir. Ce n'est pas un hasard si la prédication du Sauveur commence par cet appel : convertissez-vous, car le Royaume des cieux s'est approché.

Pas un cheveu ne tombera de la tête sans la volonté du Père : cela, c'est dans le Royaume. Là où l'autorité du Père est pleine et entière. Dans ce monde, en revanche, trop de volontés s'opposent à lui pour que son autorité y soit entière. Tel est le revers de la liberté, ce revers même qui engendre l'envers de la création. Cet envers où nous vivons. Lorsque la volonté du Père sera faite ici, sur terre, comme au ciel, lorsque le monde deviendra entièrement le Royaume, alors la règle du « seul cheveu » s'étendra aussi à la terre. En attendant, le salut est une question de conversion et de participation à la vie nouvelle. À la vie du Royaume, où il n'y a pas de hasard. Et où, effectivement, aucune brique ne tombera sur la tête de personne sans raison.