RÉFLEXIONS pour Jb 5:1-27 — le 8 août 2024

RÉFLEXIONS pour Jb 5:1-27

Poursuivant son discours à Job, Élifaz parle de l'inutilité des lamentations. Le simple fait d'épancher sa douleur ne change rien et ne soulage personne. Élifaz propose plutôt à Job de se tourner vers Dieu comme vers son unique espérance. Ce même Dieu qui, selon Élifaz, châtie Job pour des crimes inconnus est l'unique espérance des malheureux. « Il fait la plaie, et lui-même la panse », dit Élifaz. L'image semble empruntée au livre du prophète Ézéchiel, où Dieu dit qu'il — ou, plus précisément, le Messie, dont Dieu parle en disant « moi-même » — pansera les plaies de ses brebis. Cependant, Ézéchiel témoigne que Dieu guérira les plaies infligées à ses brebis par leurs bergers infidèles et par leur propre péché. Le prophète n'aurait pu concevoir que Dieu lui-même châtie et console lui-même ceux qui souffrent.

En effet, s'il châtie l'homme pour ses péchés, pourquoi le consoler ? La justice, du moins telle que les hommes la comprennent, exige que le coupable supporte tout le poids de sa peine. Si, au contraire, Dieu lui-même accorde consolation et guérison à celui qui souffre, pourquoi lui avoir causé ces souffrances ? On se rappelle aussitôt cette réplique du film L'Ironie du sort : « Je le casserai moi-même, et je le réparerai moi-même… »

Mais Élifaz ne peut penser autrement : il a été élevé dans la certitude biblique que tout ce qui se produit sur terre se produit par la volonté du Dieu unique. C'est aussi ce que dit le prologue du livre, où Dieu accepte la proposition de Satan de mettre Job à l'épreuve. La liberté spirituelle de l'homme et l'esclavage du péché, qui appelle un Libérateur, n'entrent pas dans le système de pensée d'Élifaz ; il lui est encore plus impossible d'imaginer la coexistence paradoxale de la souveraineté absolue du Créateur et de la liberté humaine.

Telle est la première tentative d'Élifaz pour justifier Dieu et accuser Job à l'aide d'une théorie théologique. Cette théorie est tout à fait cohérente et suffit, dans bien des cas, à expliquer les souffrances humaines. Mais voilà le problème : elle ne correspond nullement à ce que vit Job. Premièrement, sa conscience ne l'accuse pas, et il s'interroge sur les raisons de ses souffrances. Deuxièmement, on voit mal comment une douleur humaine réelle pourrait être atténuée par de froides constructions théologiques. Enfin, et c'est le plus important, ce n'est qu'en théorie, lorsqu'on raisonne sur d'autres personnes, que l'on peut admettre que la souffrance puisse corriger quelque chose. C'est ainsi que les hommes éduquent leurs enfants, leurs esclaves et leurs chiens. Et Dieu ?