RÉFLEXIONS pour Lc 5:15-16
Les évangélistes notent assez souvent une régularité dans le ministère terrestre du Sauveur: plus les foules venaient à Lui pour demander de l'aide, ou même un miracle, plus souvent et plus intensément Il priait, laissant tout le monde pour se retirer dans des lieux déserts. Visiblement, Son besoin de prière augmentait à mesure que l'intensité du ministère grandissait. Pourquoi, pourrait-on penser, prier Celui qui est un avec Son Père céleste, un depuis le commencement, depuis Sa naissance dans le monde, depuis Sa conception? Mais, visiblement, les choses ne sont pas si simples. Certes, la plénitude de Dieu et l'union avec le Père étaient propres à Jésus dès le commencement; Sa volonté humaine a toujours été une avec la volonté de Dieu jusqu'à l'indivision complète, de sorte qu'il n'y avait entre elles aucune rupture, rupture propre à la volonté de l'homme déchu.
Le Sauveur n'a vécu une telle rupture qu'une seule fois, sur la croix, et ce fut pour Lui une véritable catastrophe, pire que toutes les souffrances physiques: Il n'avait jamais vécu auparavant la séparation de Sa volonté humaine d'avec la volonté de Son Père. Une telle rupture est toujours une catastrophe existentielle, mais nous, hommes déchus, y sommes tellement habitués que nous ne sentons plus l'anomalie de cet état. Jésus, contrairement à nous, la vit de manière extrêmement vive et nette. Mais tout le reste du temps, Il n'a pas vécu cette rupture et, pourrait-on penser, Il n'aurait pas dû avoir besoin de prière. Plus exactement, toute Sa vie aurait dû être une prière continue, pourrait-on penser en méditant sur la vie spirituelle du Sauveur.
Mais voici qu'il apparaît que l'union de la volonté humaine de Jésus avec la volonté de Son Père céleste ne suffit pas. Il apparaît que la prière Lui est nécessaire autant qu'à chacun de nous. Et cela n'est pas étonnant. En effet, la vie spirituelle suppose non seulement l'être, mais aussi la conscience. La plénitude de la vie spirituelle d'un homme est déterminée par la mesure dans laquelle il prend conscience de sa propre existence.
Et cela sur tous les plans, non seulement sur un seul ou sur quelques-uns. La plénitude de la communion avec Dieu, proche de celle qui était la norme pour le Sauveur, peut en principe être vécue par tout homme, et dans l'histoire de l'humanité, rarement mais réellement, il y eut des hommes prêts, à un moment de leur vie, à dire: «Moi et le Père, nous sommes un».
Mais pour l'homme ordinaire, si cela lui est donné, ce ne seront que des instants, tandis que pour Jésus un tel état était la norme de vie même pendant Son ministère terrestre. Cependant, il fallait prendre conscience de l'unité, il fallait la vivre par toute la plénitude de la volonté humaine. Et c'est pour cela que la prière était nécessaire à Jésus, comme à chacun de nous.
Et même plus qu'à chacun de nous, car Il est Homme non pas moins, mais plus que chacun de nous, Homme véritablement avec une majuscule, contrairement à nous qui, par définition, n'atteignons pas cette majuscule. Et Sa conscience de Sa propre existence dans l'union parfaite avec le Père était plus pleine que notre conscience de notre communion avec Dieu, quelle qu'elle soit. Sa prière était donc plus pleine et plus profonde que celle de chacun de nous. Car c'était une prière de plénitude à plénitude.
