RÉFLEXIONS pour Mt 13:36-43 — le 1 août 2024

RÉFLEXIONS pour Mt 13:36-43

La parabole du blé et de l'ivraie expose manifestement, de manière brève et complète, le sens de ce que l'on pourrait appeler l'histoire chrétienne. En effet, au sens strict, l'histoire chrétienne n'est pas celle des prétendus « États chrétiens », qui n'existent pas par définition, ni même celle de l'Église, si l'on entend par là les structures ecclésiales créées selon les lois de « ce monde » : c'est l'histoire du Royaume qui entre dans le monde. C'est précisément cette histoire que le Sauveur expose en expliquant à ses disciples la parabole du blé et de l'ivraie qu'il avait auparavant racontée au peuple. Ses paroles montrent clairement que sa tâche principale, dans notre monde en cours de transfiguration mais non encore transfiguré, est d'élargir l'espace spirituel du Royaume et d'y faire participer toujours davantage de personnes. Au centre de l'histoire du Royaume se trouve l'affrontement entre ceux qui lui appartiennent et les forces des ténèbres qui agissent dans le monde, y compris par l'intermédiaire des hommes. Cet affrontement est le nerf principal de toute l'histoire chrétienne. Celle-ci s'achève manifestement au jour du Jugement et du retour du Christ dans la gloire, qui devient aussi le jour du triomphe définitif du Royaume : à la fin des temps, celui-ci se révèle dans toute sa plénitude et transfigure le monde. Mais une question naturelle se pose alors : que faire des deux millénaires d'histoire chrétienne déjà écoulés, alors que nous ignorons combien il en reste encore à venir ? Car cette histoire n'a pas seulement été celle de la sainteté, que l'on peut en un certain sens considérer comme l'histoire du Royaume ; elle a aussi été celle de l'Église, avec tous les aspects peu glorieux de son histoire, celle d'États que l'on pourrait, par convention, qualifier de chrétiens, et même celle d'une civilisation chrétienne tout entière ! Tout cela serait-il donc sans aucun rapport avec l'histoire du Royaume ? Il y en a probablement un, malgré tout. Car le monde où nous vivons n'est encore qu'en cours de transfiguration : il y a donc aussi place en lui pour l'histoire au sens ancien, préchrétien du mot, pour une histoire que l'on pourrait appeler « terrestre ». Mais désormais, dans cette histoire « terrestre », la question essentielle est celle du « ciel », c'est-à-dire du Royaume. L'histoire des États, des peuples et des civilisations dépend de la place qu'ils ont faite au Royaume dans leur vie. Et plus cette place était grande, plus la civilisation se révélait rayonnante et spirituellement féconde, plus sa vie historique était pleine. Le refus de faire place au Royaume conduisait en revanche souvent à des ruptures historiques et à des catastrophes nationales. Rien d'étonnant à cela : toute l'histoire extérieure n'est plus désormais que le décor et la scène d'une autre histoire, celle du Royaume qui entre dans le monde. Ce n'est que dans le contexte de cette histoire nouvelle que l'existence des États, des peuples et des civilisations prend un sens. Tout comme la vie des individus.