RÉFLEXIONS pour Lc 7:18-35
La question de Jean le Baptiste peut sembler étrange : il a été le premier à reconnaître en Jésus le Messie, et voici qu'il semble douter de la révélation reçue. Pourquoi ? Probablement pour la même raison que beaucoup de ses contemporains n'ont pas non plus reconnu en lui le Messie. De fait, on attendait du Messie certains actes bien précis, et Jésus ne les accomplissait toujours pas. Il semble sans cesse laisser entendre qu'il est le Messie, mais ne fait pas ce que tous attendaient alors du Messie. Du moins, il ne fait pas tout ce qu'on attendait de lui.
Il ne déclenche pas de soulèvement messianique et ne cherche pas à bâtir un royaume terrestre. Jean attendait probablement, lui aussi, quelque chose de ce genre du Messie, puisqu'il partageait les conceptions messianiques de ses contemporains. Certes, dans les milieux esséniens où Jean avait très probablement passé sa jeunesse, on voyait le Messie un peu autrement. Mais le comportement de Jésus ne répondait pas non plus aux conceptions messianiques esséniennes, et l'on ignore si Jean les partageait encore à l'âge adulte. Quoi qu'il en soit, sa question était très probablement liée à des attentes messianiques déçues.
Il pouvait penser que Jésus n'était pas encore le Messie lui-même, mais l'un des grands prophètes que Dieu avait chargés de préparer la venue du Messie, comme il l'avait chargé lui-même. En réponse, Jésus lui montre les signes manifestes de la proximité du Royaume : les miracles, les guérisons, les résurrections. C'était bien là le Royaume qu'il avait apporté dans le monde, et Jésus voulait manifestement faire comprendre à Jean qu'il n'y avait pas d'autre Royaume. En même temps, il désigne ce qui empêche les hommes qui l'entourent de voir ce Royaume. Il résume le problème en une phrase : la sagesse est justifiée par ses enfants, entendant par là ceux qui partagent cette sagesse et s'y tiennent.
C'est là que s'enracine le problème : chacun de nous, hommes du monde déchu, s'est habitué à voir la réalité non telle qu'elle est, mais telle qu'il se la représente. La sagesse humaine peut être une conception du monde élaborée ou un ensemble d'idées très simples, que ceux qui y adhèrent n'ont pas toujours même pleinement réfléchies. Mais, dans tous les cas, l'homme devient l'enfant de sa propre sagesse, voire son esclave.
C'est elle qui façonne sa vision et sa perception du monde. Tel un prisme, elle réfracte la réalité qui l'entoure pour la faire correspondre à cette « sagesse ». Et elle retranche ce qui ne tient pas dans ses limites. Même Jean n'en était pas entièrement affranchi, bien qu'il fût, selon le témoignage du Sauveur, « plus qu'un prophète ». Or le Royaume ne tient dans les limites d'aucune conception. On ne peut y entrer qu'en renonçant à la sagesse humaine, celle qui permet à l'homme d'habiter ce monde, mais qui ne le laissera pas devenir un habitant du Royaume.
