RÉFLEXIONS pour Qo 1:1-18 — le 22 juillet 2024

RÉFLEXIONS pour Qo 1:1-18

Le livre de l'Ecclésiaste constitue à bien des égards un phénomène unique au sein de l'Écriture sainte, se distinguant nettement de tous ses autres livres tant par son contenu que par la manière de penser de son auteur. L'Ecclésiaste couronne un courant important du développement de la religiosité vétérotestamentaire, lié à la notion de sagesse (khokhma). Dans une certaine mesure, on peut le considérer comme l'un des livres qui concluent l'Ancien Testament et qui, aux côtés des écrits prophétiques, ont précédé et annoncé l'époque de la venue du Sauveur.

Par son genre, le livre de l'Ecclésiaste peut être qualifié de réflexion philosophique ; en cela, il se distingue radicalement non seulement des livres historiques et prophétiques, mais aussi des livres d'enseignement de l'Ancien Testament. Son auteur et sa date de rédaction ne peuvent être établis avec précision. Le livre porte l'intitulé « Paroles de l'Ecclésiaste, fils de David, roi à Jérusalem » ; cet intitulé vise manifestement le roi Salomon, célèbre pour sa sagesse. La plupart des chercheurs s'accordent à voir dans cet intitulé une attribution pseudépigraphique typique de la littérature antique. L'auteur attribue son livre au roi Salomon en tant que modèle de tous les sages d'Israël, le plus sage des sages. Selon l'hypothèse de la plupart des biblistes, le livre aurait probablement été écrit à la charnière des IVe et IIIe siècles avant Jésus-Christ. L'atmosphère spirituelle de cette époque se caractérisait par une indifférence religieuse croissante ; les valeurs du monothéisme s'oubliaient peu à peu, et l'appel adressé au peuple élu à consacrer toute sa vie à Dieu se faisait de moins en moins entendre. Les écrits prophétiques, qui annonçaient une délivrance prochaine et la venue du Messie, avaient cessé d'être pris au sérieux. L'expérience mystique des prophètes s'oubliait progressivement, et la foi d'Israël était surtout perçue comme une loi régissant l'organisation de la vie en ce monde. Selon les conceptions de l'époque, les relations des hommes avec Dieu se réduisaient à l'offrande régulière des sacrifices, sans s'étendre au-delà ; aux yeux des Juifs, le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob en était venu, à bien des égards, à ressembler aux divinités païennes des peuples voisins. C'est à cette époque que naît l'aspiration à une observance formelle de la loi, si caractéristique des pharisiens au temps de la vie terrestre du Seigneur Jésus-Christ, ainsi que du judaïsme après la période du Nouveau Testament.

Le contenu du livre de l'Ecclésiaste se ramène à une étude rationnelle du sens et de la valeur de tout ce qui constitue la vie humaine. Avec un esprit de méthode inhabituel dans la littérature biblique, l'auteur — que nous appellerons l'Ecclésiaste — examine le monde visible et la vie de l'être humain en son sein. L'Ecclésiaste formule lui-même sa tâche ainsi : « Et j'ai appliqué mon cœur à rechercher et à explorer par la sagesse tout ce qui se fait sous le ciel : c'est une pénible occupation que Dieu a donnée aux fils des hommes pour qu'ils s'y exercent. » L'Ecclésiaste affirme qu'une telle recherche rationnelle n'est pas le caprice d'un esprit oisif, mais un dur labeur confié à l'être humain par le Créateur Lui-même. C'est du moins ainsi que l'on peut comprendre le sens de cette phrase dans la traduction synodale russe, qui suit ici la Septante.

L'Ecclésiaste place le résultat général de sa recherche au tout début du livre, pour confirmer ensuite sa conclusion par l'examen d'exemples concrets. Tout ce qui s'offre à son regard, il l'appelle vanité : « Vanité des vanités, dit l'Ecclésiaste, vanité des vanités, tout est vanité ! » Le sens du mot havel, traduit dans la Septante par mataiotes, futilité, et dans les Bibles slavonnes et russes par « vanité », pourrait plutôt être rendu par « néant » ou « vide », « vaine futilité ». Ce mot est employé dans la Bible au sens de souffle de vent, de « légère vapeur qui se dissipe dans l'air ». Il s'agit de quelque chose qui s'évanouit sans laisser de trace et qui n'a ni sens ni valeur. Vanité ou futilité, mouvement inutile, sans but, sans solidité et qui passe sans conséquence : tel est le jugement de l'Ecclésiaste sur tout ce qui se produit dans le monde visible. Développant plus longuement cette idée dans son introduction, il souligne que rien ne change dans le monde : « Il arrive qu'on dise d'une chose : “Regarde, c'est nouveau” ; mais elle existait déjà dans les siècles qui nous ont précédés. Il n'y a pas de souvenir de ce qui fut autrefois ; et ce qui sera ne laissera pas non plus de souvenir chez ceux qui viendront après. » Tout phénomène naturel, de même que toute œuvre humaine, lui paraît vain : « J'ai vu toutes les œuvres qui se font sous le soleil, et voici, tout est vanité et tourment de l'esprit ! » Les derniers mots peuvent aussi se traduire par « poursuite du vent », la plus absurde de toutes les occupations imaginables. Dans leur ensemble, les expressions « vanité et poursuite du vent », caractéristiques de l'Ecclésiaste et répétées à maintes reprises dans son livre, correspondent dans la langue moderne au mot « sottises » et à des expressions argotiques encore plus dures.

Mais l'Ecclésiaste ne s'arrête pas là : il juge sa propre recherche elle-même comme une « poursuite du vent ». Cette conclusion plonge son cœur dans la tristesse et l'affliction (1:18). Aussi le lecteur perçoit-il le livre de l'Ecclésiaste comme un triste manifeste du scepticisme antique. Il importe pourtant ici de prêter attention aux présupposés qui se cachent derrière ses paroles : avant de réfléchir à ce que l'Ecclésiaste ne trouve pas, il faut comprendre ce qu'il cherche. Lorsqu'il revient sur sa quête infructueuse du sens, l'Ecclésiaste suppose que ce sens doit exister. C'est précisément pourquoi l'absence de sens, la vanité de tout ce qui existe dans le monde, le plonge dans la tristesse et l'affliction. Il s'attend à trouver au moins quelque chose de significatif, mais le monde visible ne lui offre rien de tel. Il importe aussi de noter que ce sens présupposé et recherché est étroitement lié à la joie et à l'allégresse du cœur humain, ainsi qu'à l'expérience de la solidité de l'existence.

L'angoisse qui saisit à la fois l'Ecclésiaste et son lecteur devant la vanité de tout ce qui est au monde révèle un vide infini dans le cœur humain ; ce vide est de nature spirituelle et ne peut être comblé que par Dieu. Rien d'autre ne peut le remplir ; rien ne possède de sens ni de portée. Même l'expérience religieuse et tous les efforts d'une personne pieuse n'y changent rien. Même l'observance de la loi et la voie de la justice, que l'Ecclésiaste appelle sagesse selon l'usage de son époque et de son milieu, n'apportent ni la joie ni la solidité recherchées, car tous leurs fruits sont engloutis par la mort.

Un autre présupposé caractéristique et important de l'auteur dans le livre de l'Ecclésiaste est le personnalisme, peu caractéristique de la littérature vétérotestamentaire dans son ensemble. Seuls les livres d'enseignement tardifs, traditionnellement appelés littérature des sages d'Israël, envisagent le monde et la vie du point de vue de l'individu, au prix d'un éloignement de l'expérience mystique des époques antérieures.

Ces positions de l'Ecclésiaste paraissent particulièrement fortes et profondes sur le fond d'indifférence religieuse de l'époque. L'Ecclésiaste refuse de se contenter d'un bien temporaire (tov) ; son cœur aspire à davantage. Il désire ardemment trouver un sens dans un bonheur éternel et inaccessible à l'être humain (ithron). Rien, dans l'expérience de la vie vétérotestamentaire que résume son livre, ne correspond à ce bonheur suprême, ultime, que l'Ecclésiaste ne trouve pas. Une seule notion biblique peut être rapprochée de ce bonheur supérieur qu'il cherche : le makariotes évangélique, la béatitude.

À strictement parler, il est impossible de déterminer si ces positions constituent pour l'Ecclésiaste des points de départ, des données préalables, ou si elles se sont formées comme le fruit de son expérience spirituelle et de sa sagesse. Dans ce dernier cas, la pensée centrale de l'auteur peut se formuler brièvement ainsi : « Il doit y avoir du sens, de la joie et du bien dans la vie humaine ; la vie humaine doit avoir une dimension éternelle ; sans cela, il est impossible de vivre — mais nulle part dans le monde je ne l'ai trouvé. » Les chapitres suivants du livre sont destinés à le confirmer.