RÉFLEXIONS pour Mt 8:5-13
Il arrive que, sur le chemin de l’église, on se dise : me voici en route vers la maison de Dieu, mais suis-je digne d’y entrer ? Et l’on se souvient de l’expérience de Marie l’Égyptienne... Mais ici, il y a quelque chose de plus grand : Dieu Lui-même veut entrer dans une maison, et un homme dit : « Je ne suis pas digne que Tu entres sous mon toit. » Il y a là quelque chose de bien plus grand. Qui d’entre nous est capable de se refuser la communion avec Dieu ? Qui est capable, lorsqu’il éprouve un désir irrésistible d’aller à la liturgie et qu’il en a pleinement la possibilité, de s’en empêcher ? Cela semble absurde, tout simplement insensé. Pourtant, c’est précisément cet exploit qu’accomplit le centurion : un exploit d’ascèse suprême de l’âme et de l’esprit. Nous avons l’habitude de penser que l’ascèse consiste généralement dans l’abstinence corporelle, mais l’abstinence de l’âme est beaucoup plus difficile, et l’abstinence spirituelle plus difficile encore. Or c’est précisément cette ascèse qui importe le plus. Ne pas désirer l’extase, la révélation ou une parole de Dieu qui s’adresse personnellement à soi est extrêmement difficile, surtout lorsqu’on a déjà connu une telle expérience. Mais sans cela, il est impossible d’apprendre l’humilité et de supporter la sécheresse spirituelle ; sans cela, un effondrement terrible peut très vite se produire et conduire jusqu’à la perte de la foi. Cet exploit consiste à dire à Dieu : Tu me conduis, Tu me gardes du mal, mais Tu n’as pas besoin pour cela d’entrer dans les menus détails de ma vie ; même loin de ma situation concrète, Tu peux toujours m’aider. Je ne vais pas accaparer Ton attention avec les petites choses du quotidien ni T’imposer outre mesure ma communion ; Tu n’as pas besoin d’entrer dans tout cela (tout comme Il a guéri sans entrer dans la maison du centurion) pour m’aider lorsqu’il m’est soudain impossible de me passer de Toi. Alors peut-être notre prière deviendra-t-elle moins verbeuse, mais plus forte, plus lumineuse et plus vaste.
