RÉFLEXIONS pour Lc 6:1-16
Tous les évangélistes parlent abondamment du sabbat et de la manière dont Jésus le comprend. Et, chaque fois, il apparaît que Jésus transgresse le sabbat. Du moins aux yeux des personnes profondément, et souvent sincèrement, religieuses qui L'entourent. Qu'est-ce donc : un mépris délibéré de la tradition ? C'est peu probable. Jésus n'a effectivement jamais été traditionaliste au sens où l'est celui qui a fait de la tradition son dieu. Mais Il a toujours traité la véritable Tradition avec respect. Car Il sait qu'une telle Tradition est liée à la révélation de Son Père.
Encore faut-il la mettre au jour, la retrouver sous la couche des nombreuses traditions humaines qui prétendent faire partie de la Tradition avec une majuscule. Il en va de même pour le sabbat. Son sens originel, comme celui du quatrième commandement lui-même, était lié à la découverte de la paix et du repos intérieurs dans la communion avec Dieu. Il s'agissait de passer au moins un jour par semaine dans ce repos et cette communion avec Dieu. Toutes les restrictions liées au sabbat étaient censées protéger l'être humain de l'agitation.
Il en allait ainsi au commencement. Mais le temps a passé, et les restrictions sont devenues une fin en soi. Elles se sont transformées en un système d'interdictions rituelles ayant une valeur en elles-mêmes. Elles sont devenues une composante essentielle et indissociable du judaïsme, précisément dans leur dimension rituelle. Et le sabbat est devenu moins un jour de repos et de communion avec Dieu qu'un jour d'abstention des activités interdites. De tout ce qui était considéré et désigné comme du travail. Y compris, bien sûr, les guérisons et le fait de frotter des grains. Car tout cela est du « travail ».
Jésus, Lui, voit les choses autrement. La paix et le repos sont absolument nécessaires, mais quel repos peut connaître celui qui ne pense qu'à la faim qui le tourmente ? Mieux vaut frotter quelques grains et les manger pour entrer ensuite dans ce repos que de passer tout le jour du sabbat sans répit à cause de la faim. Le cas de la guérison de l'homme à la main desséchée est encore plus intéressant. Oui, certes, soigner est un travail. Mais la manifestation du Royaume ? Qu'est-ce donc : un travail ? Ou bien serait-elle déplacée le jour du sabbat ?
Manifestement, c'est tout le contraire : c'est précisément le jour du sabbat que la manifestation de la puissance et du souffle du Royaume est plus que bienvenue. C'est bien ce que recherche l'être humain pendant le sabbat, du moins si l'on parle du véritable sabbat. Mais ceux qui entourent Jésus ne remarquent pas le Royaume. Ils ne remarquent que la transgression des prescriptions rituelles. Et, au lieu de la joie et de la gratitude, ce sont des accusations qui se font entendre. Des accusations qui séparent les accusateurs du Royaume plus sûrement que n'importe quel péché : car on peut se repentir d'un péché, mais il est fort probable que personne ne se repente de sa propre certitude religieuse d'avoir raison. Et l'on reste en dehors du Royaume. Avec sa certitude d'avoir raison.
