RÉFLEXIONS pour Jn 18:1-14
De toute évidence, les disciples de Jésus n'étaient nullement préparés à ce qui allait se produire dans le jardin de Gethsémani, à l'arrestation de leur Maître. Selon le témoignage des autres évangélistes, ils s'enfuirent tous au moment de l'arrestation. Pierre seul fait exception : il tenta de résister et prit l'épée. Jésus l'arrête, et c'est alors que tous, sauf deux — Pierre et Jean —, prennent la fuite. Pourquoi donc ? Peu auparavant, tous avaient juré qu'ils n'abandonneraient pas le Maître. Pourtant, seul Pierre tenta de tenir sa promesse.
L'explication de ce qui se passe est pourtant évidente et tient précisément aux représentations messianiques que les apôtres partageaient avec la plupart de leurs contemporains de même foi. Ils les partageaient malgré les paroles de leur Maître. Quoi qu'Il dise, les disciples restaient persuadés qu'un soulèvement et une grande guerre messianique les attendaient. Ils se l'imaginaient probablement comme une guerre semblable à celle des Maccabées, encore présente dans toutes les mémoires, mais de plus grande ampleur et sans doute plus riche en événements miraculeux, comme l'apparition d'armées angéliques. Ce à quoi ils ne s'attendaient absolument pas, c'était à l'arrestation de leur Maître.
Surtout pas à une arrestation comme celle qui eut lieu : stupide et maladroite, de leur point de vue. C'était une catastrophe. Le chef était saisi avant d'avoir pu faire quoi que ce soit, le soulèvement étouffé dans l'œuf ; tout était fini avant d'avoir commencé. Le plus résolu d'entre eux tenta de faire au moins quelque chose, mais le Maître Lui-même l'arrête. Que signifie donc tout cela ? Impossible de comprendre. Le Maître semble S'être tout simplement livré aux autorités. Pourquoi ? Dans quel but ? On ne sait pas. Une chose est claire : ils n'ont plus rien à faire à Ses côtés, Il n'a plus besoin d'eux puisqu'Il a renoncé à tous Ses projets.
Et les disciples se dispersent pour sauver leur vie, comme le font souvent les participants à un complot manqué ou à un soulèvement avorté, ou les soldats d'une armée vaincue qui comprennent qu'il est inutile de poursuivre la résistance. Dans ce qui se passait à Gethsémani, les apôtres ne voyaient qu'une défaite, et rien d'autre. Jésus le comprend parfaitement. Bien plus, Il sait d'avance qu'il en sera ainsi. Le comportement de Ses disciples ne L'a pas surpris. Il est même heureux qu'ils se soient tous enfuis. Il savait qu'à cet instant on ne pouvait attendre d'eux une meilleure compréhension de la situation. Et ce dont Il avait le moins besoin, c'était de les voir résister.
Il était probablement plutôt heureux que les choses se soient limitées à la seule tentative de Pierre. L'essentiel, à cet instant, était de préserver tous les disciples, afin qu'aucun ne meure en vain en essayant de déclencher une guerre totalement inutile. Afin qu'aucun ne soit arrêté : aucun des disciples ne L'aurait ainsi aidé en quoi que ce soit. Seule une prière profonde et recueillie aurait pu L'aider, mais les disciples étaient alors justement tout à fait incapables d'une telle prière. Jésus reste seul.
