RÉFLEXIONS pour 2Co 4:8-9
Les mots de l'apôtre sur ces conditions, dans lesquelles il arrive de vivre et témoigner à lui-même et ses coreligionnaires, peuvent sembler être la déclaration d’une résistance héroïque, les mots des héros résistant au monde entier et prêts à lutter jusqu'à la fin victorieuse. Probablement, tel aurait été le cas si ce n’était pas un "mais". Paul comprend parfaitement qu'ici, dans le monde se transformant, mais pas encore transformé, et donc étant encore dans le mal, ils ne peuvent pas vaincre. Bien sûr, cela ne diminue pas l'héroïsme: la perdition héroïque est une chose, une histoire connue. Mais l'apôtre, comme on voit, voit le sens même pas dans la possible ou impossible victoire, mais dans le fait même que, malgré tous les efforts de ce mal, dans lequel se trouve le monde, ils n'ont pas tout de même disparu de ce monde, ils continuent dans les cas ici leur œuvre, leur témoignage.
Une telle logique du point de vue des lois du monde non transformé semble un peu étrange et, au minimum, sans perspectives: car les témoins ne pourront pas dans tous les cas changer radicalement la situation à leur profit, et si c’est ainsi, quel sens alors dans tous leurs efforts? Mais du point de vue du Royaume tout se met à sa place: car de ce point de vue il est tout à fait évident que jusqu'au triomphe définitif du Royaume et avant la transformation complète du monde, il sera vraiment impossible de changer radicalement l'état de choses dans lui. Mais le Royaume doit exister dans le monde, exister comme l'Église, comme une communauté de justes vivant la vie du Royaume et témoignant ce Royaume.
Ils ne pourront pas transformer le monde non transformé en paradis terrestre, mais ils sont capables de manifester l'alternative au régime existant des choses et donner la possibilité de se joindre à la vie du Royaume à ceux qui le cherchent. Et c’est en cela que consiste la principale tâche de l'Église, comme la comprend Jésus Lui-même, et tous les apôtres, y compris bien sûr Paul. Alors il parle de ses souffrances et de celles de ses concélébrants non pas pour se vanter devant quelqu'un ou effrayer quelqu'un.
Il veut simplement, paraît-il, dissiper cette illusion qui commence déjà alors à se répandre parmi une certaine partie des chrétiens, que l'Église peut un jour et d'une façon ou d'une autre devenir la partie naturelle et organique de ce monde, trouver en lui sa place et même le transformer, ayant transformé si ce n’est pas en paradis, alors ne serait-ce qu’à quelque chose de plus digne, qu'il était dès le moment de la chute. Et l'apôtre ne se fatigue pas de rappeler à tous que ces espoirs sont illusoires. Et les fantômes ne sont pas inoffensifs, parce qu’ils détournent ceux qui en sont passionnés de l'essentiel — du Royaume.
