RÉFLEXIONS pour Mt 6:19-23 — le 21 juin 2024

RÉFLEXIONS pour Mt 6:19-23

Que sont ces trésors dont parle Jésus ? Dans le langage d'aujourd'hui, nous les appellerions des valeurs. Des valeurs au sens le plus large — celui-là même où l'on parle habituellement du système de valeurs d'une personne. Dans la Bible, le cœur désigne généralement ce « moi » spirituel profond qui fait de chacun ce qu'il est. Le système de valeurs détermine donc notre qualité spirituelle, fait de nous ce que nous appelons nous-mêmes. Le « moi » spirituel d'une personne se manifeste par des actes de volonté et par ce que l'on appelle des intentions — lorsque la volonté s'unit à l'objet vers lequel elle est dirigée. Ce vers quoi tendent nos intentions, ce à quoi nous aspirons, voilà ce qui détermine notre vie sur le plan spirituel.

Physiquement, l'être humain est ce qu'il mange ; psychologiquement, dans sa vie intérieure, il est ce qu'il pense et ressent ; spirituellement, il est ce à quoi il aspire et ce qu'il désire. Ce à quoi il aspire et ce qu'il désire, bien entendu, dans les faits et dans sa vie, et non en paroles. Il ne s'agit pas nécessairement de vantardise ni du désir de paraître autre que l'on est réellement : on peut en effet proclamer tout à fait sincèrement ce qui, à ses yeux, devrait constituer sa valeur ou ses valeurs.

Le problème est que ces déclarations restent souvent précisément des déclarations : la personne est convaincue de la justesse des valeurs choisies et approuve pleinement son choix, mais sa conviction et son approbation ne relèvent souvent que de son choix intellectuel et de ses expériences émotionnelles. Elle est convaincue de la justesse de son choix, et ce juste choix lui plaît, mais sa volonté peut être dirigée vers tout autre chose que ce que choisit sa raison et qu'approuvent ses sentiments.

Beaucoup dépend ici de la conscience que la personne a de ses intentions en tant que telles, et pas seulement de ses idées et de ses émotions. Les idées et les émotions sont bien plus faciles à percevoir et à reconnaître que les intentions ; aussi beaucoup prennent-ils les unes pour les autres. C'est une vision pure — ou, plus exactement, « entière », selon le sens premier du mot grec correspondant —, cet « œil », qui permet à la personne de prendre conscience de ses intentions mêmes et, par conséquent, de ses valeurs réelles, et non de celles qu'elle proclame.

Ayant compris ce à quoi elle aspire réellement, la personne peut essayer d'agir sur son système de valeurs et sur sa vie spirituelle. Mais sans cette intégrité du regard intérieur, on peut longtemps se tromper sur ses valeurs et sur sa vie spirituelle, et ne s'en apercevoir peut-être que lorsque les choses sont allées trop loin. C'est contre cela que Jésus nous met en garde : ne pas perdre le chemin du Royaume, ne pas se tromper sur sa vie spirituelle et sur ses valeurs.