RÉFLEXIONS pour 1Co 12:12-31
Dans sa réflexion bien connue sur l’Église comme Corps du Christ, que nous lisons aujourd’hui, l’apôtre Paul semble envisager cette image sous tous les angles possibles. Derrière ses paroles se trouvent plusieurs idées d’une importance exceptionnelle, qui constituent le fondement de notre conception de l’Église. Premièrement, l’apôtre dit que l’Église se compose d’hommes nombreux et différents, dont les fonctions dans le corps ne sont pas les mêmes. Bien plus, l’apôtre souligne que cette diversité est nécessaire dans son principe même, et que la « disposition des parties du corps » s’accomplit selon la volonté de Dieu. Il est évident que la structuration de l’Église n’est pas l’œuvre de l’homme, mais celle de Dieu.
Ensuite, l’apôtre dit que la manière dont l’homme se perçoit dans l’Église ne doit pas être déterminée par un regard jaloux porté sur lui-même ou sur les autres. Le fait que tu ne sois pas hiéromoine ne te sépare pas de l’Église ; toi aussi, tu en es une partie nécessaire. En outre, l’apôtre rejette la tendance, apparue très tôt, de certains membres de l’Église à s’élever au-dessus des autres en fonction de leur position. Si l’on formule les versets 19–22 « explicitement », la pensée de l’apôtre revient à ceci : l’épiscopat ne peut dire aux laïcs « nous n’avons pas besoin de vous », et les laïcs ne peuvent dire aux moines « nous pouvons nous passer de vous ». La pensée de l’apôtre est un rocher contre lequel viennent se briser aussi bien l’idéologie cléricaliste du Moyen Âge byzantin et romain que l’ecclésiologie pseudo-démocratique des formes extrêmes du protestantisme.
Dans la seconde partie de ce passage remarquable, l’apôtre parle de réalités qui échappent souvent à notre attention, probablement en raison de leur immense signification spirituelle. Ce ne sont pas les parties les plus fortes, les plus « avancées » et les plus élevées spirituellement que l’apôtre appelle les plus nécessaires, mais précisément le contraire : « les membres du corps qui paraissent les plus faibles sont beaucoup plus nécessaires ». C’est le grand et étonnant mystère de l’Église, qui repose sur la faiblesse des hommes dans laquelle s’accomplit la puissance de Dieu.
Cette étrange relation de « nécessité » tient au fait que, dans la conception de l’apôtre, l’Église n’est pas une pyramide dont la base serait formée par des laïcs faiblement spiritualisés et le sommet par un épiscopat proche de l’Esprit Saint (c’est précisément cette idée du Pseudo-Denys l’Aréopagite que l’apôtre réfute). Dans sa conception, l’Église est un organisme dans lequel ce n’est pas la hiérarchie structurelle qui importe, mais le service mutuel qui relie les membres du corps. L’apôtre désigne comme le plus important le partage des souffrances les uns des autres.
