RÉFLEXIONS pour Jn 7:1-13
La réponse de Jésus à Ses frères a quelque chose d'ironique : pour vous, dit-Il en substance, c'est toujours le moment, mais Mon heure n'est pas encore venue. Le sens est clair : Mon chemin est déterminé, tandis que vous n'avez aucun chemin ; vous n'avez donc pas non plus besoin de discerner les temps. Pourtant, Jésus Se rend en secret à la fête où Il a refusé d'aller ouvertement.
Il s'agit manifestement de cette même dissimulation par Jésus de Sa messianité dont parlent les autres évangélistes. Les raisons en sont compréhensibles : les représentations populaires exigeaient que le Messie déclenche aussitôt une insurrection contre Rome et fasse venir une armée angélique au secours des insurgés. Rien de tel, bien entendu, ne faisait partie de la mission de Jésus. Mais ce n'était pas la seule raison. Ce n'est pas sans motif que l'évangéliste mentionne que les frères de Jésus ne croyaient pas en Lui. Ils voulaient des preuves manifestes de Sa messianité.
Ils Le poussaient : voici une grande fête, disaient-ils en substance, c'est le moment de commencer, si Tu es vraiment le Messie… Mais Il comprend qu'il n'y a aucun sens à prouver Sa messianité. Si, en tant que Messie, Il avait effectivement dû faire ce que le peuple attendait de Lui, il aurait certes été possible de prouver quelque chose. Or Sa tâche était tout autre. Dans le Royaume qu'Il a apporté sur terre, on ne peut entraîner personne de force : ni par une force supérieure, ni par des arguments supérieurs.
Il importe peu ici que l'on cède à une force extérieure ou à la force d'un argument : dans les deux cas, on va vers le Royaume non parce qu'on l'accueille intérieurement, mais parce qu'on n'a pas d'autre issue. Pourtant, de telles preuves ne prouvent généralement rien. Tant que l'on n'a pas accueilli intérieurement la réalité qui se présente, aucune preuve ne peut satisfaire. Ce n'est pas un hasard si le solipsisme est la vision du monde la plus « inattaquable » : on ne croit tout simplement pas qu'il existe quoi que ce soit en dehors de sa propre conscience.
Cette incrédulité l'emporte sur tous les arguments : il est impossible de rien prouver à une telle personne. Tout le monde n'est certes pas solipsiste, mais beaucoup ont une frontière au-delà de laquelle s'étend un espace d'incrédulité. Ou de méfiance. Même Dieu ne peut changer la nature de cet espace. Seule la personne elle-même y a autorité, car c'est l'espace de sa liberté. Une liberté dans laquelle Jésus ne fait pas intrusion : Il protège la liberté humaine avec autant de soin que Son Père.
