RÉFLEXIONS pour Jn 4:1-26
En parlant avec la Samaritaine, le Christ agit d'une manière non seulement inhabituelle au regard des mœurs et des conceptions de cette époque, mais aussi, à première vue, illogique. Il S'adresse à une femme appartenant à un courant religieux séparé du courant principal et qui, même parmi les siens, n'était pas respectée : le fait qu'elle soit obligée de venir chercher de l'eau à l'heure la plus chaude, lorsque personne ne se trouve habituellement au puits, l'indique déjà. Pourtant, c'est elle, et non les chefs spirituels reconnus, sûrs de leur justice et « fermement attachés à leurs principes », qui est capable d'entendre Ses paroles. Ceux que les hommes méprisent se révèlent souvent plus proches de Dieu.
Le schisme entre Juifs et Samaritains a préfiguré tous les schismes ultérieurs de l'Église, et le Christ vient le surmonter. On peut donc appeler Sa conversation avec la Samaritaine la première manifestation de l'œcuménisme. Non pas un œcuménisme qui mêle pêle-mêle des croyances disparates selon le principe : « tu as raison, toi aussi ; et toi, ma femme, tu as raison également », mais l'œcuménisme comme rétablissement de l'unité entre des frères partis dans des directions différentes. Le Christ parle à la Samaritaine des circonstances de sa vie, la mettant, au fond, face à son péché ; mais cela ne la trouble pas. Nous voyons maintenant que le choix du Christ de la prendre pour interlocutrice n'avait rien de fortuit : confrontée à la clairvoyance de l'Inconnu, elle ne s'attarde pas aux questions que l'on pose habituellement aux devins et aux diseuses de bonne aventure. La question qui la préoccupe concerne les principes du culte rendu à Dieu.
En révélant à la Samaritaine le sens de la véritable adoration du Père céleste, qui se fera en esprit et en vérité, le Christ ne nie pas les chemins historiques de la connaissance de Dieu. Même en ouvrant une brèche dans la séparation entre Juifs et Samaritains, Il souligne que le salut vient des Juifs ; bien plus, dans cette phrase même, Il S'identifie aux Juifs : « nous savons ce que nous adorons ». L'aspiration à l'unité avec les autres ne signifie pas renoncer aux valeurs authentiques de sa propre tradition ; elle suppose, au contraire, de les préserver.
