RÉFLEXIONS pour Ac 4:32-37
En lisant la description de la première communauté chrétienne, nous remarquons aujourd’hui avant tout la mise en commun des biens qui la caractérisait. Pourtant, ce n’était probablement qu’une des formes possibles de la vie communautaire chrétienne de cette époque. Certains épisodes du Livre des Actes montrent clairement qu’il n’était pas obligatoire de donner tous ses biens à l’Église : c’était le choix personnel et volontaire de celui qui entrait dans la communauté. Mais une condition était indispensable : ce que l’auteur du livre appelle « un seul cœur et une seule âme ». Une communauté peut exister sans mise en commun des biens ; sans un seul cœur et une seule âme, elle ne le peut pas, même si la communauté des biens y devient une règle obligatoire.
En effet, que signifie être un seul cœur ? Dans la Bible, le cœur est le centre spirituel de la personne humaine, son « moi » spirituel, ce centre authentique où commence l’être humain, où le souffle de vie donné par Dieu entre en contact avec la nature humaine. C’est ici, dans le cœur, au plus profond du « moi » spirituel, que naissent les intentions qui déterminent ce que sera la personne devant Dieu et devant les autres. La force et surtout le degré de conscience de chaque intention déterminent la pureté et l’intensité de sa vie spirituelle. Si chaque membre de la communauté ne prend pas soin de son cœur en ce sens, il détruit la communauté. S’il en prend soin, la communauté devient une sorte d’école de vie spirituelle, non pas théorique, mais pratique.
La communauté acquiert alors comme un cœur unique, car les intentions issues de tous les cœurs sont dirigées vers une même réalité. Une « âme unique », ou plus exactement une vie unique et commune, devient alors possible. Le mot grec employé par l’auteur sacré, tout comme son équivalent hébreu, désigne l’âme comme un courant de vie dans lequel nous demeurons et qui, en même temps, coule à travers nous. Dans ce courant, le spirituel s’unit au naturel, et sa force lui vient de Dieu, qui nous donne la vie. Quant à la qualité de ce courant de vie, à la prédominance en lui du spirituel ou du naturel, tout dépend de nous, des intentions qui sortent de notre cœur, de notre « moi » spirituel.
Il dépend de nous que notre vie soit pure et intense spirituellement. Il dépend aussi de nous à qui l’accès à notre vie sera ouvert. Une véritable communauté n’est possible que lorsque le courant de sa vie est unique.
Bien sûr, chaque filet, chaque vie particulière qui entre dans le courant commun, doit posséder la qualité spirituelle correspondante ; autrement, le courant commun deviendra trouble et sale, ou disparaîtra tout à fait. Mais un tel courant commun de vie, une « âme commune », est une condition indispensable à l’existence de la communauté. Les biens peuvent être communs ou ne pas l’être : cela dépend des conditions et des circonstances concrètes.
Mais l’âme doit nécessairement être commune ; sinon la communauté disparaît, même si toutes les formes extérieures de la vie communautaire sont conservées. La communauté chrétienne de Jérusalem possédait précisément une telle âme commune, derrière laquelle se tenait un cœur unique. Tant que cet état de choses se maintenait, le souffle de Dieu y circulait librement, sans rencontrer d’obstacle.
