RÉFLEXIONS. La réflexion principale.

RÉFLEXIONS pour Ps 102:18

Bien sûr, la tradition est importante pour toute religion: sans elle, aucune continuité entre les générations n’est possible. Mais l’attitude envers la tradition peut varier. Il arrive souvent que la tradition se réduise à un certain ensemble de textes et de rites qui se répètent encore et encore, devenant le fondement de la vie religieuse de la communauté.

Ces textes et ces rites ne sont jamais dépourvus de sens, en tout cas pas au départ; mais il arrive souvent qu’avec le temps, au cours d’une répétition sans fin, le sens initial non seulement du rite, mais même du texte, soit oublié et appartienne au passé, et qu’un autre sens, nouveau, parfois peu lié à l’originel, vienne le remplacer.

On ne peut presque rien y faire: comme tout objet s’use à force d’être utilisé, le rite s’use lui aussi; et comme un matériau usé perd son aspect originel, le rite usé perd son sens initial, qui s’oublie et s’en va dans le passé. Et même si un historien parvient à retrouver ce sens initial, sa découverte ne peut plus changer la situation: le rite vit sa propre vie; il est impossible de le ramener de nouveau à son sens premier, tout comme il est impossible de rendre sa nouveauté à un matériau usé par le temps.

C’est pourquoi l’auteur du psaume propose un autre chemin: chaque génération doit élever vers Dieu sa propre louange, Le trouver de nouveau pour elle-même et établir avec Lui ses propres relations, vivantes et réelles pour elle. L’expérience passée, dans ce cas, n’est pas nécessaire pour répéter encore et encore les paroles d’autrui, même très expressives, ou les pensées d’autrui, même très profondes. Elle est nécessaire comme exemple, comme modèle de ces relations qu’il est impossible de répéter, mais qu’il est possible d’établir de nouveau ici et maintenant.

La vie spirituelle se compose précisément de relations, qui ne peuvent être la propriété ni du passé ni de l’avenir: toute relation, qu’il s’agisse de relations avec Dieu ou avec un homme, n’est possible qu’au présent. S’orienter vers d’anciennes formes, c’est imiter ce qui n’existe pas. S’en servir, c’est comprendre comment, autrefois, on construisait des relations avec Dieu, et, en tenant compte de l’expérience passée, le faire aujourd’hui. Comme le suppose une tradition authentique.