RÉFLEXIONS pour Jr 31:31-34
Jérémie fut le premier des prophètes à parler d'une alliance nouvelle et messianique avec Dieu. C'était sans aucun doute une révélation : aucune intelligence humaine n'aurait suffi pour comprendre ce qui fut révélé au prophète. Pourtant, comme il arrive souvent, la révélation fut donnée dans le contexte d'une expérience bien précise vécue par Jérémie.
Il avait été témoin de la réforme menée par le roi Josias et avait vu où elle conduisait. Il avait vu une foule de croyants yahvistes surgis d'on ne sait où, se considérant comme les piliers de la foi tout en continuant chez eux à adorer des dieux païens. Il avait vu une religiosité vantarde et ostentatoire, ainsi qu'un refus absolu d'observer les commandements donnés par Dieu. Il avait vu les cœurs de ses compatriotes saisis par un nationalisme orgueilleux, profondément mêlé de mythes n'ayant rien de commun avec le yahvisme, et il avait entendu ces paroles répétées comme une incantation : « Nous avons la maison de Yahvé, nous sommes le peuple de Dieu, Yahvé est au milieu de nous. »
De tels fruits spirituels ne pouvaient évidemment réjouir le témoin de Dieu. Mais il comprenait aussi que, si l'on abandonnait à elle-même l'œuvre spirituelle auprès du peuple de Dieu, les résultats ne seraient pas moins affligeants. Que reste-t-il si la religiosité naturelle conduit l'être humain dans l'impasse païenne, tandis que les réformes imposées d'en haut ne le touchent que de l'extérieur sans le transformer intérieurement ?
La réponse vint de Dieu : la Torah, la loi de Dieu, ne doit pas être seulement gravée dans la pierre, comme le texte du Décalogue fut gravé sur les tables de pierre ; elle doit s'imprimer dans le cœur de chacun et devenir non plus seulement une loi donnée de l'extérieur, mais l'armature spirituelle intérieure de quiconque cherche une véritable connaissance de Dieu et une pleine communion avec Lui. Alors seulement le Royaume messianique s'ouvrira à l'être humain, car ce qui y sera demandé n'est ni une religiosité formelle ni des déclarations d'attachement au yahvisme, mais la disponibilité à se donner tout entier à Dieu, sans rien retenir.
Sans la Torah imprimée dans le cœur, que l'on appellera plus tard, à l'époque postexilique, la Torah intérieure, cela est impossible. Chaque habitant du Royaume devra demeurer constamment devant Dieu, car aucune autre manière de vivre n'y est possible. La vie entière doit devenir une communion ininterrompue avec Dieu. Telle est, selon le témoignage de Jérémie, cette alliance nouvelle sans laquelle il n'y a pas de Royaume et donc pas de salut.
