RÉFLEXIONS. Lectionnaire catholique.

RÉFLEXIONS pour Mt 5:20-26

Le Seigneur parle constamment à Ses disciples de la réconciliation, car elle est l’une des conditions essentielles de la vie. Aujourd’hui encore, nous lisons dans le Sermon sur la montagne l’un de ces passages. Le Seigneur nous dit que toute colère des hommes les uns envers les autres et toute querelle qui ne trouve pas de pardon conduisent à la mort spirituelle et sapent l’essence même de la personne. Deux éléments caractéristiques et importants attirent ici l’attention.

Premièrement, il y a l’ajout byzantin tardif au verset 22, où le mot « sans raison » a été inséré dans les paroles du Christ : « quiconque se met en colère contre son frère en répondra au tribunal ». Ce mot ne figure dans les manuscrits anciens ni en grec ni dans les autres traductions. Cela signifie qu’aucune colère n’est possible pour celui qui essaie d’être chrétien. Aucune, ni sans raison ni prétendument justifiée ! Il nous faut donc nous séparer pour toujours de cette expérience, de ce sentiment et de cet état d’esprit, sans condition et sans retour.

Et voici le second élément important. Aux versets 23–26, le Seigneur poursuit la prédication des prophètes de l’Ancien Testament sur le fait que Dieu n’agrée pas nos prières et nos offrandes si nous ne sommes pas en paix les uns avec les autres. Plus loin, Il y reviendra à plusieurs reprises et dira que le Père céleste nous pardonnera comme nous pardonnons aux autres. Mais voici ce qui importe : il serait tout à fait compréhensible, et pleinement dans la ligne de l’Ancien Testament, que le Christ ait dit : « si donc tu présentes ton offrande à l’autel et que là tu te souviennes... que tu n’as pas pardonné quelque chose à ton frère... » Si je ne pardonne pas, l’état de mon cœur est indigne de la présence du Tout-Puissant. Cela se comprend, au fond. Mais le Christ dit : « et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi » ! L’autre peut penser de toi toutes sortes d’absurdités et s’offenser de n’importe quoi ! Son ressentiment peut même être injuste... Et pourtant, il devient un obstacle à ma communion avec Dieu.

Quelle chose terrible ! Non seulement il nous est demandé de pardonner, mais ces paroles nous privent de la possibilité d’attendre que les autres, selon le commandement de Dieu, nous pardonnent nos offenses. Il s’avère que la responsabilité d’obtenir le pardon des autres repose non pas sur eux, qui ont été offensés, mais encore sur nous. Si l’on m’a offensé, je dois donc pardonner. Et si quelqu’un s’est offensé contre moi, c’est encore moi qui dois chercher la réconciliation et le pardon. Cela ressemble déjà, bien sûr, à la Croix.