RÉFLEXIONS pour Gn 9:15
Il arrive souvent d’entendre, de la part d’une personne qui a lu la Bible, comme d’ailleurs de celle qui ne l’a pas lue, cette question: à quoi sert donc toute cette histoire? Pourquoi Dieu a-t-Il besoin d’un peuple particulier qu’Il appelle le Sien, pourquoi cette religion particulière, et le Christ, pourquoi? Le monde a-t-il manqué de bonnes personnes avant le Christ et avant Abraham, et n’en existe-t-il pas aujourd’hui même parmi les incroyants, sans parler de ceux qui croient autrement que les chrétiens? En quoi ces personnes bonnes, et même croyantes à leur manière, sont-elles pires que les Juifs ou les chrétiens choisis par Dieu? Ni les uns ni les autres, dans l’ensemble, ne sont loin d’être parfaits; chez les uns comme chez les autres, on rencontre toutes sortes de gens. Alors cette entreprise engagée par Dieu, ce projet grandiose qui ne paraît pas du tout produire les résultats attendus, vaut-il vraiment la peine?
La parabole de Noé, que l’on appelle d’ordinaire le récit du déluge, bien que le déluge soit précisément ce qui préoccupe le moins l’auteur, donne une réponse à cette question. Cette réponse consiste avant tout en ceci: les «bonnes personnes», que la Bible appelle habituellement les justes, ne sont pas indifférentes à Dieu. Les justes ont réellement existé dans le monde bien avant Abraham, avant le commencement de l’histoire du peuple de Dieu. La figure de Noé est l’image collective de ces justes, et il importe peu de savoir qui, historiquement, se tient derrière cette image de la parabole biblique.
Ce qui importe est autre: toute justice est absolument importante pour Dieu, si importante qu’Il est prêt à conclure une alliance avec quiconque est prêt à suivre Son chemin, où et quand qu’il vive. Mais, malgré toute l’importance d’une telle justice, elle s’avère insuffisante. Elle suffit seulement à éviter qu’une catastrophe ne frappe de nouveau le monde, à empêcher qu’il ne s’effondre dans l’abîme. Tous les efforts de tous les justes du monde païen suffisent seulement à maintenir le statu quo.
Pour Dieu, cela ne suffit pas: Il veut changer la situation radicalement. Il Lui importe non seulement d’écarter le monde du précipice, mais aussi de l’orienter vers un autre chemin et, à la fin, de le sauver et de le transfigurer afin que le monde devienne une part pleine et entière de Son Royaume. Ici, toute la justice du monde païen ne suffit pas; il faut des efforts particuliers, une révélation particulière et un peuple particulier qui en deviendra le porteur et le gardien, et enfin le Messie, par qui le Royaume entrera dans le monde pour le transformer.
Au temps de Noé, toute cette histoire est encore à venir, mais le plan de Dieu existe déjà, et Il a déjà commencé à agir. Seul le premier pas a été fait, mais sans ce premier pas, il n’y aura pas les suivants, et donc pas toute l’histoire du salut.
