RÉFLEXIONS pour Ml 2:13-17
Poursuivant son propos sur la perfidie qui imprègne toute la vie du peuple élu, le prophète Malachie aborde les relations familiales et, inspiré par Dieu, va de nouveau à l'encontre des conceptions de son temps. Certes, la législation remontant à Moïse autorisait le divorce, mais il y a une différence entre ce qui est permis et ce qui est communément admis, entre ce qui est jugé admissible et ce qui est jugé normal. Comme dans la société contemporaine, dans l'Israël du temps de Malachie, on ne voyait rien de mal au divorce, bien au contraire ; la seule différence était qu'à cette époque, la femme n'était pas considérée comme une personne et ne possédait pas de droits civiques. La plupart des femmes dépendaient donc entièrement de leur mari. Mais les liens du mariage avaient fini par être considérés comme facultatifs ; beaucoup ne jugeaient même pas nécessaire de divorcer et commettaient l'adultère, comme on dit, « du vivant de leur femme ». Vers cette époque, Esdras, venu de Babylone, exigea que les Israélites quittent leurs femmes étrangères, ce qui ne suscita qu'une certaine tristesse. On plaignait ces femmes, qui n'étaient pas mauvaises, au fond. Il ne vint à l'esprit de personne de contester le divorce en lui-même, ni le droit d'Esdras à intervenir dans la vie familiale.
Mais Malachie affirme avec une entière conviction l'attitude biblique authentique envers le mariage et déclare que les sacrifices des Israélites ne plaisent pas à Dieu, car l'autel est abondamment arrosé des larmes des femmes qui souffrent. Ces femmes mêmes dont personne ne considère comme un péché de trahir l'amour et la confiance ! Le prophète dit que Dieu est témoin entre le mari et la femme ; le mariage est donc une composante importante de la vie spirituelle et religieuse de l'homme, et pas seulement de sa vie charnelle et sociale. Trahir le mariage, manquer à la fidélité, c'est une trahison devant Dieu. Les Israélites répondaient en invoquant l'exemple des patriarches, en particulier Abraham, qui avait engendré Ismaël d'Agar du vivant de Sara. Le prophète rejette cette tentative de justifier le péché par un tel exemple : Abraham, dit-il, cherchait à « obtenir de Dieu une descendance », et non à tromper sa femme. De plus, et c'est très important, le prophète n'approuve nullement l'acte d'Abraham lui-même. Au contraire, il appelle aussitôt après à « garder son esprit » et à ne pas agir ainsi. Malachie ne se prononce pas contre le divorce, mais n'admet de « renvoyer » sa femme, pour ainsi dire, qu'en tout dernier recours : si « tu la hais ». À ses yeux, cela reste pourtant un péché — une offense faite à la femme —, dont la culpabilité demeure sur celui qui divorce. Ainsi, le prophète prêche la monogamie comme l'organisation normale et juste de la vie familiale devant Dieu ; pour Malachie, toute atteinte à celle-ci est un péché, quel que soit le cas.
Dans le dernier verset du chapitre, le prophète revient à ce dont il parlait au tout début du livre. Ses contemporains ne sont nullement tourmentés par le problème du péché et de la prospérité, de la justice et de la souffrance. Comme au temps de Jérémie, qui s'était lui aussi heurté à ce phénomène, ils disent que Dieu regarde avec faveur ceux qui font le mal, justifiant ainsi à la fois leurs péchés et leur indifférence envers Dieu. Ils affichent leur incrédulité envers la justice de Dieu et s'étonnent lorsque le prophète parle de la colère du Créateur. Malachie voit et dénonce l'immense différence entre la perplexité amère du juste Job et les dictons des Juifs pécheurs. Pour demander des comptes à Dieu parce qu'Il supporte avec patience les méfaits des impies et permet la souffrance des justes, il faut être soi-même juste, comme Job. L'homme pécheur n'est pas capable de comprendre la miséricorde et la patience de Dieu, et n'a pas le droit de les contester. L'Israël pécheur, comme tout homme pécheur, doit espérer en la miséricorde de Dieu au lieu de Lui faire des reproches. Car, sans la patience de Dieu, qu'adviendrait-il précisément de celui qui, tout pécheur qu'il est, ose juger à la place de Dieu ? C'est une position d'une importance exceptionnelle, car elle demeure actuelle depuis deux mille cinq cents ans.
