RÉFLEXIONS pour Mc 10:17-27 — le 1 février 2024

RÉFLEXIONS pour Mc 10:17-27

Le récit de l’homme riche qui demanda au Seigneur Jésus-Christ comment hériter la vie éternelle est l’un des textes les plus connus du Nouveau Testament. Au fil des siècles, il a inspiré d’innombrables ascètes à suivre le chemin proposé par le Christ et, en même temps, a suscité une vive protestation chez beaucoup d’autres. Il y a une quinzaine d’années, à la fin des années quatre-vingt, ce passage était l’un des plus difficiles ; il suscitait près de la moitié des questions posées par ceux qui lisaient l’Évangile. Il s’agit, bien sûr, des paroles du Christ : « distribue tout ce que tu as, puis viens et suis-Moi ». Ce sont évidemment des paroles difficiles, et il n’est pas du tout facile de les accomplir, surtout si on les comprend littéralement. À une époque de pauvreté généralisée et de propriété « pour faire semblant », l’appel du Christ ne pouvait qu’inspirer de la crainte.

Il faut cependant reconnaître que presque tous ceux qui viennent au Christ se trouvent dans la nécessité de faire un pas qui leur est difficile. Il y a toujours quelque chose d’important pour toi auquel il faut renoncer pour le Christ. L’effort spirituel que cela exige est nécessaire : le Christ dit que c’est précisément par cet effort que le Royaume des Cieux est « emporté ». Si on le considère sans préjugé, c’est tout à fait compréhensible. Si un homme vit sans connaître le Christ ni Le suivre, il se trouve presque toujours une idole qui occupe la place centrale dans sa vie. Il reporte sur cette idole une grande part des relations spirituelles qui, selon le dessein de Dieu sur l’homme, devraient appartenir à Dieu. L’homme sert cette idole, pèse et détermine ses actes à son aune, espère en elle dans les moments difficiles et attend d’elle sa joie. Bien des choses peuvent devenir une telle idole, parfois des choses assez élevées, mais très souvent c’est précisément la richesse. Voilà pourquoi l’Évangile oppose si fréquemment le service de Dieu et celui de Mammon.

Et le Christ dit : « laisse tout ! » Il appelle le riche à renoncer à sa richesse, et à y renoncer résolument et complètement. Les disciples, comme quiconque lit l’Évangile, ont essayé de s’appliquer les paroles du Christ et ont été saisis d’effroi. Ils ont vu combien ce à quoi le Christ appelle est difficile. Nous sommes tous saisis d’effroi dans de tels cas, mais en réalité ce n’est pas l’appel du Christ qui nous effraie, c’est notre incapacité à le suivre. Dans ces moments-là, nous rencontrons l’abîme qui est en nous-mêmes, et il est vraiment terrible. Le Seigneur précise Sa pensée en disant qu’il ne s’agit pas de la richesse en elle-même (ailleurs, Il dira que la vie de l’homme ne dépend pas de l’étendue de ses biens), mais de la confiance placée dans la richesse. Celui qui attend aide et joie non de Dieu, mais de ce qu’il possède lui-même, ne peut entrer dans le Royaume des Cieux. Ces paroles du Christ attirent notre attention non sur la distribution des biens, mais sur le renoncement intérieur et spirituel à leur possession.

Pourtant, les disciples ne sont pas satisfaits de cette explication du Seigneur Jésus et continuent à s’étonner grandement. Oui, ils ont compris que l’appel littéral à tout distribuer s’adresse à celui pour qui la richesse est devenue une idole, mais renoncer à ses idoles n’est pas moins pénible pour tous les autres. Le Seigneur leur répond par de grandes paroles qui contiennent toute l’essence de l’ascèse chrétienne. Oui, nous sommes appelés à l’impossible. Nous sommes appelés à tout quitter et à aimer nos ennemis, à porter la croix et à être haïs de tous à cause du nom du Christ, et tout cela dépasse nos forces. Aux hommes cela est impossible, dit le Seigneur, mais tout est possible à Dieu. Voilà la révélation grandiose du Nouveau Testament : ayant appelé l’homme à la perfection, Dieu ne le laisse pas seul avec sa faiblesse, mais Il conduit Lui-même Ses disciples. C’est pourquoi le christianisme n’est pas un bel enseignement éthique abstrait, mais le chemin de la Vie.