RÉFLEXIONS pour Mar 6:7-13
La mission des disciples était liée d’abord non à la prédication comme telle, mais aux manifestations de la puissance du Royaume, compréhensibles pour tous et sans paroles. Dans l’Antiquité, en effet, païens et yahvistes accordaient beaucoup plus d’attention aux manifestations réelles de la puissance qu’aux paroles et aux explications, sans parler des théories abstraites. Bien sûr, il y avait des exceptions : les intellectuels ont existé sinon à toutes les époques, du moins presque à toutes, et ils ont toujours fait davantage confiance à un beau concept et à une théorie brillante qu’à la pratique.
Il en était ainsi chez les païens comme chez les Juifs, et l’Académie de Platon, en ce sens, ne différait pas des académies juives où enseignaient des rabbins savants et des interprètes de la Torah. Pourtant Jésus envoya Ses disciples non dans des académies théologiques, mais vers les gens ordinaires qui, comme aux temps anciens, croyaient davantage aux manifestations de puissance qu’aux belles paroles.
Bien sûr, une telle foi ne garantissait pas toujours la qualité spirituelle de l’expérience : la puissance est en elle-même ambivalente ; elle peut être liée aussi bien à l’action de Dieu qu’à l’action de ces forces créées qui non seulement n’obéissent pas à Dieu, mais s’opposent directement à Lui. Et pourtant le Royaume fut d’abord précisément une manifestation de puissance, puis seulement une manifestation d’amour. Depuis l’intérieur du Royaume, bien entendu, tout apparaît à l’inverse : d’abord les relations d’amour qui unissent les habitants du Royaume entre eux et avec Dieu, puis seulement, comme dérivé de ces relations, la puissance qui transforme l’univers.
Depuis l’extérieur du Royaume, depuis le monde déchu, c’est pourtant la puissance qui paraît être la principale caractéristique du Royaume. Le monde déchu connaît l’amour très peu et partiellement, tandis qu’il connaît très bien la puissance. De plus, ce monde respecte la puissance, alors qu’il traite l’amour au mieux avec condescendance, au pire avec mépris. Voilà pourquoi la réalité du Royaume qui, selon la parole du Sauveur, « s’est approché », devait d’abord être montrée le mieux possible précisément par des manifestations de puissance. Ce n’était, bien sûr, qu’un premier pas, suivi par d’autres, mais un pas absolument nécessaire.
