RÉFLEXIONS pour Jn 7:52 — le 31 décembre 2023

RÉFLEXIONS pour Jn 7:52

Les paroles des chefs du mouvement pharisien affirmant que le prophète «ne vient pas de Galilée» ont leurs fondements historiques. D’un côté, la Galilée fait partie de la terre que Dieu a promise à Son peuple, elle entre dans les frontières que Dieu a fixées à cette terre, et, en en faisant partie, la Galilée n’est évidemment pas moins bonne qu’aucune autre de ses parties.

Mais, historiquement, il est arrivé qu’à l’époque du Second Temple, lorsque se formait la théologie juive traditionnelle et que se constituaient les écoles théologiques, la Galilée se soit retrouvée à la périphérie du monde juif. Il n’y avait là ni grandes écoles ni académies semblables à celles qui existaient, par exemple, à Jérusalem, à Babylone ou à Alexandrie; cette terre n’avait pas connu de maîtres célèbres dans tout le monde juif, et parmi les derniers prophètes aucun n’était originaire de Galilée ni n’y avait prêché.

Du point de vue théologique et spirituel, on regardait la Galilée comme une province profonde. Il y avait bien sûr des communautés juives, mais aux temps évangéliques la Galilée était une région à demi païenne, où de plus les influences de courants juifs non orthodoxes, comme celui des esséniens, étaient assez fortes. Rien d’étonnant à ce que les savants connaisseurs et enseignants de la Torah, ainsi que les chefs spirituels du mouvement pharisien, n’attendent rien d’intéressant de la Galilée. De là ne pouvait venir ni prophète ni Messie.

Et, plus généralement, c’était là que vivait ce peuple qui, selon les rabbins savants, était «ignorant de la Torah» et donc «maudit». Bien sûr, il ne s’agissait pas de dire que les Juifs croyants vivant en Galilée ne lisaient pas la Torah: cela aurait été tout simplement impossible. Il s’agissait de l’ignorance, chez ces simples croyants, de la tradition savante et théologique dont les chefs du mouvement pharisien se considéraient comme les porteurs.

Eux, ces chefs, étaient absolument convaincus que les prophètes, et même le Messie Lui-même, ne pouvaient désormais être liés qu’à leur milieu, que Dieu les regardait comme ils se regardaient eux-mêmes, voyant en eux l’élite spirituelle du peuple juif, ce reste messianique même que les pharisiens se proclamaient fièrement être. Ils ne pouvaient même pas admettre l’idée que Dieu voie les choses autrement.

Voilà pourquoi ils refusent si facilement de prendre au sérieux les arguments pourtant tout à fait raisonnables d’un homme aussi respecté et influent au Sanhédrin et dans la fraternité pharisienne que Nicodème: pour eux, il n’y a pas de question, et il n’y a rien à discuter. Il n’est pas étonnant qu’une telle position rende pour eux totalement inacceptable la figure de Jésus de Nazareth comme Messie: une telle chose ne peut tout simplement pas être, parce que «cela ne peut jamais être». Et le chemin vers le Royaume leur est fermé. Non parce qu’ils étaient les défenseurs et les gardiens de la tradition, mais parce qu’au centre de cette tradition ils ne voyaient pas Dieu, mais eux-mêmes.