RÉFLEXIONS pour Ct 2:8-14 — le 21 décembre 2023

RÉFLEXIONS pour Ct 2:8-14

Au cours de l'histoire de la Synagogue comme de l'Église, le Cantique des cantiques a reçu des interprétations très diverses. On voyait dans l'époux Dieu ou le Messie, et dans l'épouse le peuple de Dieu ou l'Église. L'allégorie est devenue le fondement de son interprétation. Certes, chacun comprenait que nous avions là l'un des plus beaux exemples de poésie amoureuse, mais presque personne n'admettait même l'idée qu'elle pût avoir sa place dans la Bible, surtout au Moyen Âge. Il n'en allait guère mieux à l'époque moderne, particulièrement là où dominaient de strictes traditions puritaines, avec leur moralisme parfois démesuré. Pour le moraliste, l'amour, s'il est admissible, ne l'est que comme quelque chose d'élevé et d'incorporel. Il ne doit rien comporter de charnel, sans quoi cet amour ne saurait plaire à Dieu.

Pourtant, Dieu a commandé aux humains de « fructifier et de se multiplier » avant même la chute, ne voyant apparemment rien de mauvais dans l'amour charnel en lui-même. À une condition, il est vrai : il doit faire partie de la plénitude des relations qui unissent les époux. Et n'en être nullement la partie déterminante. Mais il n'y a là rien de propre à ce seul cas : selon le dessein de Dieu, la composante naturelle ne devait, en général, pas déterminer la qualité de la vie humaine. Celle-ci devait être déterminée par ce « souffle de vie » de Dieu qu'Il insuffle dans les narines de l'être humain lors de sa création. La nature ne devait être qu'un des éléments de cette vie donnée par Dieu à l'être humain.

Un élément important, mais nullement principal. Il n'est donc pas étonnant que, selon le dessein de Dieu, la nature humaine ait aussi été appelée à participer à la naissance d'une nouvelle vie humaine. À y participer exactement dans la mesure où elle participe à la vie humaine en général. Ni plus ni moins. Mais certainement pas à dominer cette vie, en la déterminant et en éclipsant tout le reste.

Si les relations entre un homme et une femme sont bien de cet ordre, elles peuvent réellement servir de modèle aux relations de l'être humain avec Dieu, de Son peuple avec Lui, ou du Christ avec l'Église. Car l'amour est un, son espace spirituel est unique. Et si c'est la composante spirituelle qui est déterminante, la nature cesse elle aussi d'être vile. Elle peut le devenir si elle domine la vie des deux êtres, les transformant en animaux.

Des animaux qu'ils ne pourront jamais devenir, parce que Dieu ne les a pas conçus ainsi. Et dont la beauté, comme le naturel, leur restera donc inaccessible. En laissant la nature triompher de l'esprit, l'être humain ne devient pas un animal : il devient un être humain pécheur. Mais les relations en elles-mêmes n'y sont pour rien ; elles ne font que créer un espace de communion. Un espace que l'on peut remplir de tout : du souffle de Dieu aux pulsions animales. Et c'est seulement son contenu qui détermine si elles deviennent l'image d'une maison close ou une préfiguration du Royaume.