RÉFLEXIONS pour Rm 12:9
Les mots de Paul sur la feinte charité semblent tout à fait clairs, au moins, dans le contexte de cette compréhension de la charité qui est propre au monde non transformé. Certes, pour l’homme déchu, il n’est pas si simple d’être sincère dans l'amour. Et le problème ici n’est ni dans les sentiments et ni dans les idées, qui assombrissent parfois l'image du voisin. Bien sûr, les sentiments, et les idées jouent leur rôle dans les relations entre les hommes. Mais le principal rôle dans les relations est tout de même joué par la volonté, le choix fait par l’homme. Et voici alors il se trouve qu’il est très difficile pour l’homme déchu d’être responsable et cohérent. L’endurance est l'expression extérieure de l'intégrité spirituelle, mais après la chute les gens ne naissent pas spirituellement entier. Il faut encore obtenir l'intégrité spirituelle, et elle est obtenue seulement par un moyen : par l'observation stricte et successive de la Torah, les commandements donnés par Dieu. Comme on voit, et l'apôtre appelle à la même chose, conseillant aux chercheurs de la charité sans feinte de s’attacher au bien et détester le mal.
Mais conformément à la vie du Royaume, il faut déjà parler de la charité non seulement comme une relation envers Dieu ou voisin. La charité pour le Royaume devient un milieu de vie naturel, l'espace, à l'intérieur duquel se développent et se forment toutes les relations. Un tel espace de relations existe aussi pour les relations du monde non transformé, mais ici ce milieu est psychique, et donc, naturel, comme une partie de la nature (bien que sa partie tout à fait spéciale) est la psyché elle-même. Et le milieu du Royaume devient la charité, qui n’est pas une partie de la nature: car elle apparaît grâce à ce souffle de Dieu, par lequel le Royaume est pénétré du centre aux frontières les plus lointaines. Notamment la charité du Royaume est ce milieu spirituel, à l'intérieur duquel apparaissent et se développent toutes les relations de ses habitants. Au propre, c’est notamment ces relations qui forment la structure du Royaume, lui donnent la forme.
Et ici la sincérité a une valeur singulière : car c’est notamment elle qui définit la qualité d’une relation. La sincérité des relations dans le monde non transformé définit, avant tout, la stabilité des relations interhumaines; dans le Royaume elle définit la stabilité du Royaume. Ce n'est pas étonnant qu'elle ne puisse exister qu’à la condition de la sincérité complète des relations de chacun de ses habitants envers tout le reste. Et c'est pourquoi personne n'entrera dans le Royaume, s’il ne manifeste pas dans ses relations envers le voisin cette sincérité : car ne l’ayant pas, l’homme deviendra non pas l’édificateur, mais le destructeur du Royaume. Destructeur, qui ne peut avoir de place dans le Royaume.
