RÉFLEXIONS pour Rm 15:14-21 — le 10 novembre 2023

RÉFLEXIONS pour Rm 15:14-21

Et pourtant, quelle humilité chez Paul : bien que nous sachions tout ce qu'il a fait pour amener les païens au Christ, il semble presque s'excuser de sa lettre. Comme s'il craignait d'être trop édifiant, de trop faire la leçon. Car il ne voit pas sa vocation dans l'enseignement de règles de vie. Il voit son rôle dans le fait de tourner les hommes vers le Christ, de montrer la voie du salut, puis de s'effacer pour laisser agir l'Esprit Saint. Tel est, à ses yeux, le rôle de l'évangélisateur : annoncer, mais non enseigner ; orienter, mais non contrôler chaque pas. C'est tout à fait inattendu, aussi bien pour les contemporains de Paul que pour nous. Nous sommes tellement habitués à ce qu'un dirigeant reconnu n'hésite pas à donner des conseils et à diriger la vie des autres ; nous-mêmes les poussons souvent à nous gouverner. Au fond, être conduit, voir tout décidé à sa place, est une situation très confortable et rassurante. Nul besoin de réfléchir ni de prendre des décisions : l'essentiel est de suivre les prescriptions. Le chef a toujours raison ; si le chef a tort, voir le premier point… Car, ainsi, on trouve toujours quelqu'un à accuser de ses malheurs.

Mais si nous répondons nous-mêmes de nos actes, il y a un risque : le danger d'avoir tort, de commettre une erreur ; cela suppose de prendre constamment des décisions. Et pourtant, c'est précisément ainsi que Dieu veut nous voir. C'est notamment ce que dit Paul lorsqu'il s'adresse à la communauté romaine : il la respecte et veut que ses membres organisent eux-mêmes leur vie communautaire. Cela ne signifie pas nécessairement qu'ils aient été aussi bons, justes et remplis de toute connaissance. Mais Paul voit en eux, pour employer un langage contemporain, un potentiel de croissance, des possibilités encore latentes ; et il les confiait à Dieu et à eux-mêmes.

Il arrive souvent que nous ayons participé à la conversion d'un ami au Christ, que nous ayons, dans les premiers temps, indiqué la voie à quelqu'un qui cherchait le Christ et L'a trouvé. Au début, nous nous réjouissons ; mais parfois nous commençons à contrôler son chemin, à nous inquiéter de savoir s'il ne s'est pas égaré, s'il avance dans la bonne direction. Or l'apôtre nous montre la voie de l'évangélisateur : amener au Christ, puis s'effacer, faire confiance à Dieu. Car ce n'est pas par nos propres forces que cette personne a rencontré Dieu ; il ne nous appartient donc pas de surveiller son chemin.