RÉFLEXIONS. La réflexion principale.

RÉFLEXIONS pour Lc 9:60

Les paroles de Jésus sur les morts qui enterrent leurs morts peuvent paraître trop dures dans la situation où elles ont été prononcées. Mais, si l'on y réfléchit, il n'est pas difficile de voir que la situation aussi était, au fond, critique, bien que l'homme que Jésus avait appelé à Le suivre ne Lui ait apparemment rien demandé de tel. Au contraire, il s'agissait d'une affaire que nous appelons d'ordinaire sainte : enterrer son propre père.

Il existe une interprétation intéressante de cette demande : certains commentateurs estiment qu'il ne s'agit pas du fait que le père de l'homme mentionné dans le récit soit déjà mort, mais du fait qu'il était encore vivant, tout en attendant déjà la mort, à cause de la maladie ou simplement d'un âge avancé ; cet homme demandait un délai afin de permettre à son père de vivre tranquillement les années, sans doute peu nombreuses, qui lui restaient sur la terre. Il était prêt à suivre Jésus, il demandait seulement un délai. Mais Jésus ne lui accorda pas ce délai. Pourquoi ? On pourrait dire que les délais relâchent l'homme, le privant souvent de la décision qui était là à un moment donné, puis a disparu avec le temps parce que l'homme n'a pas fait ce qu'il avait décidé. Mais ce n'est qu'un côté de la question. L'autre consiste en ceci que, dans la vie spirituelle, il n'y a généralement pas de « plus tard ».

Dieu est hors du temps, et l'on ne peut Le rencontrer que dans le présent, seulement ici et maintenant. Mais l'« ici et maintenant » comme point de rencontre de l'homme avec Dieu se projette en un moment tout à fait concret du temps et en un point tout à fait concret de l'espace. C'est ce point que Jésus désigna pour l'homme mentionné dans le récit. Il y faut une concentration maximale sur la présence de Dieu, sur la révélation de Sa volonté et sur la tâche confiée à l'homme dans le contexte de tout ce qui vient d'être mentionné. Mais l'homme dont parle l'évangéliste ne possède pas cette concentration.

Il n'est pas dans ce présent éternel où a eu lieu sa rencontre avec Dieu ; il est dans le présent temporel, où le passé remplace l'avenir, et où le présent n'est pas le point de rencontre avec Dieu, mais seulement le lieu de rencontre de ce qui n'est pas encore avec ce qui n'est déjà plus. Les paroles dures du Sauveur sont nécessaires pour arracher l'homme au présent temporel et le placer devant Dieu dans le présent éternel. Bien sûr, cela non plus n'est pas en soi une garantie : car l'homme est libre. Mais le moment de la plus grande clarté possible pour l'homme devient toujours pour lui aussi le moment de vérité. Une vérité par rapport à laquelle il faut se déterminer, pour le Royaume et pour le salut.