RÉFLEXIONS pour Lc 17:1-10 — le 18 septembre 2023

RÉFLEXIONS pour Lc 17:1-10

On peut voir une menace dans les paroles sur le malheur qui attend celui par qui viennent les tentations, mais on peut aussi les comprendre comme le constat nécessaire d’un fait : celui qui accepte de devenir un relais de la tentation devient victime du mal même qu’il a accepté de renforcer par son soutien. Les paroles sur la meule peuvent donc être comprises moins comme un souhait de châtiment que comme l’expression d’un regret devant les tourments intérieurs auxquels cet homme a accepté de se condamner, et auxquels aucune mise à mort ne saurait se comparer. En nous tentant, le Malin nous attire par des illusions ; mais, après un bref semblant d’euphorie, elles se dissipent inévitablement et la gueule de bois survient. Heureux encore si, au milieu de celle-ci, le regret de ce que nous avons fait se fait jour et le repentir commence à mûrir ; mais le bourbier peut aussi nous engloutir.

La question du nombre de fois où il faut pardonner vient après le conseil de veiller sur soi, et cela est logique : il n’est pas inutile de regarder mes propres actes et de me demander si j’ai moralement le droit de ne pas pardonner. Nous sommes déjà habitués à l’idée que le nombre sept peut ne pas avoir de sens littéral ; il faut donc pardonner non seulement jusqu’au nombre indiqué ici, mais encore au-delà. Remarquons qu’il n’est pas question ici de pardonner mécaniquement à celui qui ne le demande pas ; il est même conseillé de lui faire des reproches. Mais, pour pardonner au moment où le frère demande pardon, il faut demeurer prêt à pardonner.

Que signifie le souhait que nous ayons une foi au moins grosse comme une graine de moutarde — encore cette graine de moutarde d’où grandit le vaste Royaume que rien ne peut déraciner ? Se peut-il vraiment que nous n’ayons pas de foi si nous ne déplaçons pas les montagnes ? Sans doute ne sommes-nous effectivement pas assez fermes dans la foi, et ne réalisons-nous pas toujours que les paroles évangéliques ne sont pas fortuites : elles ne sont pas seulement des paraboles, mais peuvent aussi agir tout à fait littéralement. Toutefois, déplacer des montagnes et détourner des fleuves, comme nous le savons désormais, n’est pas le prodige le plus nécessaire ; bien plus importants sont les changements discrets, mais difficiles, dans les cœurs.

Les paroles sur la manière de traiter les esclaves deviennent plus compréhensibles si nous y voyons non une recommandation, mais le conseil de nous appliquer notre propre manière habituelle de traiter les autres. La règle qui nous invite à ne pas souhaiter aux autres ce que nous ne souhaitons pas pour nous-mêmes peut aussi se comprendre ainsi : nous pouvons mériter de subir ce que nous faisons aux autres. Et si nous nous regardons, nous verrons que nous n’avons pas de mérites devant Dieu — ils ne sont pas les nôtres — et que nous n’avons donc pas de quoi nous enorgueillir devant Lui.