RÉFLEXIONS pour Ez 23:1-49
Le prophète Ézéchiel a probablement dû expliquer très souvent, peut-être constamment, aux Juifs qui venaient le trouver pourquoi Jérusalem avait subi ce qu’elle avait subi. Beaucoup de ses prédications, sans doute pas toutes, ont été incluses dans le livre, car chacune a été prononcée dans l’Esprit Saint et contient la parole du Tout-Puissant. Au chapitre 23, que nous lisons aujourd’hui, le prophète revient à l’image du mariage pour désigner l’alliance entre Dieu et Israël. Après que les Assyriens eurent détruit le Royaume du Nord et dévasté sa capitale, Samarie, en 722 avant Jésus-Christ, l’idée se répandit en Juda que les gens du Nord avaient été si mauvais, s’étaient séparés de Juda, avaient pratiqué l’idolâtrie et n’avaient pas participé au culte de Jérusalem : voilà pourquoi la catastrophe les avait frappés.
Mais le prophète Ézéchiel dit qu’il n’y a aucune différence entre le Nord et le Sud : les deux parties du peuple se conduisent de la même manière envers Dieu. Et l’image des deux prostituées décrite ici ne suscite que du dégoût, malgré le vocabulaire soigneusement adouci des traductions modernes. Avec colère et indignation, le prophète parle du sort d’une vieille putain condamnée à crever au pied d’une clôture ; mais, pour nous, ce ne sont pas seulement les mots, c’est leur sens même qui paraît « inconvenant », et tout le chapitre provoque donc un certain embarras. On peut imaginer l’horreur que ces paroles suscitaient chez les auditeurs d’Ézéchiel, puisqu’il était question d’eux et de leur peuple !
Dans la structure claire et logique de la prédication d’Ézéchiel, il importe de dégager une idée essentielle. Le prophète présente les Assyriens, qui ont détruit Samarie, et les Babyloniens (Chaldéens), qui ont ruiné Juda et Jérusalem, comme une conséquence des actes des deux sœurs débauchées elles-mêmes. C’est là une manifestation de la colère de Dieu, qui retourne contre les apostats leurs propres iniquités. Mais ce n’est pas en cela que le prophète voit le jugement de Dieu : dans ce chapitre, il distingue le jugement de la colère. Il importe d’y prêter attention, car nous, au contraire, ne savons pas les distinguer clairement. Le prophète dit que le jugement du pays débauché sera exercé par des hommes justes qui condamneront ses crimes.
Il s’agit de la notion de reste, traditionnelle dans la théologie biblique : ce sont les hommes qui n’ont pas fléchi le genou devant les idoles, comme Dieu Lui-même les a désignés dans la révélation faite au prophète Élie (1 R 19:18). Ce sont eux qui deviendront l’argent purifié dans la fournaise ardente de la captivité babylonienne dont il était question au chapitre précédent. Et c’est précisément leur justice qui deviendra le jugement condamnant le crime d’Israël. En même temps, ces paroles s’adressent aux captifs, appelés à purifier leur cœur et à renaître dans la foi, tout en poursuivant, sous un autre angle, le thème du Juste, de cet être unique qui « se tiendrait sur la brèche » pour le peuple. Car le reste dont il est question est invisible ; il doit encore se manifester dans l’histoire. Dans cette perspective, au sein du contexte biblique général, l’image des sœurs débauchées s’oppose à celle de la Vierge Toute-Immaculée, Mère du Juste : dans le livre du prophète Ézéchiel, nous retrouverons encore une pensée à Son sujet, elle aussi très profondément voilée. Au fond, tout le cours de l’histoire de la purification et du salut du monde, tel que l’explique le prophète Ézéchiel, tend à ce que, dans la fournaise de la purification, la lignée des justes d’Israël engendre précisément Celle dont la pureté est digne du Tout-Puissant.
