RÉFLEXIONS pour Ez 14:1-23
Une fois encore, plusieurs anciens d’Israël vinrent trouver le prophète Ézéchiel et lui demandèrent probablement de leur donner une parole du Seigneur, pour comprendre ce qui se passait, discerner le sens de la catastrophe qui les avait frappés et trouver la possibilité de continuer à vivre. Autant qu’on puisse en juger, le prophète consulta le Seigneur, et le Seigneur lui donna une parole, mais pas celle qu’on attendait de Lui.
Dans les chapitres précédents, Dieu venait précisément de parler de cela au prophète : pourquoi refuse-t-Il donc de répondre maintenant ? C’était alors une parole adressée à tout le peuple ; ici, pour la première fois, Dieu parle avec une clarté presque néotestamentaire de la relation personnelle de chaque être humain avec Lui. Si Je ne leur réponds pas, dit le Seigneur, c’est parce qu’ils ont souillé leur cœur par l’idolâtrie : par les idoles, ils Me sont devenus étrangers. Non pas Israël en général, mais ces personnes précises. Et tout le peuple doit le comprendre.
Le temps de l’éducation, où Israël se tenait devant Dieu comme un peuple, comme un tout, est terminé. Désormais, Dieu renonce à cela et choisit de parler à chaque personne individuellement. C’est un tournant non seulement dans l’histoire biblique, mais dans toute l’histoire spirituelle de l’humanité, car les pratiques religieuses collectives et tribales prédominent aussi chez les païens. On ne peut pas dire que cela soit survenu à l’improviste : les prescriptions mosaïques sur les sacrifices individuels préparaient déjà les Israélites à de telles relations personnelles. Mais c’est précisément Ézéchiel qui est appelé à l’annoncer clairement. La responsabilité collective et les relations tribales avec Dieu sont commodes pour les hommes, parce qu’elles permettent de se cacher. Quelqu’un d’autre sera juste, et moi, je recevrai les miséricordes de Dieu grâce à lui. Non, dit le Seigneur : par sa justice, chaque personne ne peut sauver que sa propre âme ; chacun récolte les fruits de ses actes, et des siens seulement, et ne répond que de soi. D’un côté, cela libère les hommes de la responsabilité des péchés d’autrui ; de l’autre, il faut porter sa responsabilité personnelle, sans pouvoir y échapper.
Le Seigneur parle ensuite d’une conséquence évidente de cette réalité des relations personnelles et de la responsabilité personnelle : les enfants ne périront plus pour les péchés de leurs parents. Les derniers versets du chapitre 14 sont un complément nécessaire aux paroles des Dix Commandements selon lesquelles Dieu punit la descendance des pécheurs jusqu’à la troisième génération et fait miséricorde à ceux qui L’aiment jusqu’à mille générations. Compte tenu de ce que Dieu nous dit par le prophète Ézéchiel, le Décalogue emploie ici un procédé littéraire particulier uniquement pour montrer la disproportion entre l’ampleur des conséquences du péché et celle des conséquences de la justice. Quoi qu’il en soit, à partir de l’époque du prophète Ézéchiel, les hommes sont déjà capables de répondre chacun pour soi, et cette liberté nous est donnée.
Mais un autre aspect se profile implicitement derrière ce chapitre. Si aucun être humain, même le plus juste, ne peut, par sa justice, sauver personne d’autre que lui-même, qui peut donc nous sauver ? Qui sauvera ceux qui ne peuvent s’arracher à l’esclavage du péché ? Qui nous délivrera de ce corps de mort, selon l’expression de l’apôtre Paul ? Lors de la Cène, le Seigneur Jésus-Christ dit aux disciples que Son Sang très pur est versé pour eux et pour beaucoup. C’est précisément Lui qui, par Son Sang et Sa justice, sauve non pas Lui seul, mais beaucoup. En entendant ces paroles, nous pensons généralement : beaucoup, mais pas tous. Or le Seigneur Jésus parle selon la logique du chapitre 14 d’Ézéchiel : non pas un seul, mais beaucoup, parce qu’Il n’est pas simplement un homme, mais l’Homme-Dieu. Ainsi, la seconde moitié du chapitre se révèle être une prophétie singulière sur la divino-humanité du Christ, parallèle aux paroles étonnantes d’autres prophètes.
