RÉFLEXIONS pour Lc 9:43-62
Manifestement, les apôtres se représentaient encore mal ce qu’était le Royaume dont Jésus leur parlait. Ils l’imaginaient clairement comme quelque chose de semblable aux royaumes terrestres, avec peut-être ses particularités, des miracles quotidiens, mais ressemblant tout de même aux États du monde non transfiguré. En tout cas, d’après le témoignage de l’évangéliste, ils ne doutaient nullement que ce royaume serait gouverné comme n’importe quel royaume de « ce monde » : le Roi serait bien sûr Jésus Lui-même, mais ensuite... ensuite commençait le plus intéressant : qui ferait-Il entrer parmi Ses proches ? Comment répartirait-Il les places dans Son Royaume entre Ses disciples ?
Jésus s’efforce constamment d’expliquer aux disciples que Son Royaume n’est « pas de ce monde », non parce qu’il est rempli de miracles et de phénomènes surnaturels, mais parce qu’il se construit autrement, non selon les lois du monde non transfiguré, mais selon ses propres lois, qui peuvent paraître pour le moins étranges aux gens de « ce monde ». Est grand celui qui est le plus petit de tous : du point de vue du monde non transfiguré, c’est bien sûr une absurdité totale. Mais tout État terrestre se construit sur la force ; il doit toujours exister un centre de force qui devient aussi le centre du pouvoir fondé sur cette force.
Le Royaume que le Sauveur a apporté au monde se construit sur l’amour, dont la source est le souffle de Dieu ; et ce qui lui donne sa forme, c’est le réseau de relations qui lie ses habitants entre eux, chacun d’eux à Dieu et au Christ, et le Christ Lui-même à Son Père céleste. Dans un tel Royaume, l’importance d’une personne ne dépend pas de sa puissance potentielle, quelle que soit la nature de cette puissance, mais de la mesure d’amour qu’elle est capable d’accueillir.
Cette mesure, on le devine aisément, dépend de son degré de transparence au souffle de Dieu. C’est alors que deviennent compréhensibles les paroles de Jésus sur les enfants : les enfants sont réellement réceptifs à toute action de Dieu, non parce qu’ils sont sans péché, mais parce qu’ils n’ont pas encore eu le temps de perdre cette intégrité spirituelle que l’adulte ne possède pas, à moins d’y penser et d’en prendre soin délibérément. C’est ainsi que se résout dans le Royaume la question de la primauté, question principale du monde non transfiguré.
