RÉFLEXIONS pour Ez 13:1-23 — le 17 août 2023

RÉFLEXIONS pour Ez 13:1-23

Au chapitre treize, Dieu dénonce par la bouche du prophète Ézéchiel l’un des phénomènes les plus dangereux de la vie religieuse de l’humanité : la fausse prophétie. Il dit qu’au sein du peuple de Dieu, certains énoncent au nom de Dieu ce qu’ils pensent eux-mêmes. La raison en est que les faux prophètes se laissent conduire par leur propre esprit et non par l’Esprit Saint, et font, au mieux, passer leurs opinions pour la parole de Dieu. Mais, le plus souvent, ils disent ce que leurs compatriotes auront plaisir à entendre.

Le Seigneur attire spécialement l’attention sur ces « prévisions optimistes », lorsque les faux prophètes annoncent la paix alors qu’il n’y a pas de paix. Au fond, il ne s’agit pas d’un phénomène religieux, mais de propagande politique, très importante dans le contexte de l’époque. Parmi les dirigeants d’Israël existaient alors plusieurs partis rivaux qui proposaient de s’appuyer sur diverses puissances extérieures dans la lutte contre Babylone. Les promesses de paix que les faux prophètes déversent en abondance sont également mentionnées par le prophète Jérémie, actif à la même période. Elles faisaient le jeu de certaines forces politiques, mais Dieu les dénonce comme un refus coupable de Lui obéir.

L’essentiel de ces fausses prophéties de paix consiste à affirmer : « Dieu est avec nous parce que nous sommes très bons ; nous sommes le peuple porteur de Dieu, indépendamment de notre conduite morale. » Enduire de boue les murs de Jérusalem constitue ici une parodie d’acte prophétique, censée représenter l’indestructibilité miraculeuse de ces murs. Le prophète Ézéchiel a probablement en vue un événement bien précis de l’histoire de son temps, lorsqu’une sorte de cérémonie solennelle eut lieu à Jérusalem pendant la construction des murs : c’est à celle-ci que les faux prophètes ont vraisemblablement participé. Il est possible qu’il s’agisse d’une tentative des « patriotes exaltés » de se révolter contre Babylone après l’assassinat du gouverneur Godolias ; c’est dans le contexte de cette révolte qu’il faut comprendre la construction des murs de Jérusalem. Par la bouche du prophète, le Seigneur ne réfute pas seulement les fausses prophéties, mais utilise aussi cet exemple comme image du véritable ministère des prophètes. Ils sont appelés à « monter sur les brèches et élever une muraille », non pour Jérusalem, mais pour la maison d’Israël : il s’agit de dénoncer le péché et d’appeler à se corriger.

Il faut dire que, dans l’histoire de l’époque prophétique, nous rencontrons à maintes reprises de faux prophètes, à commencer par Amos, le premier des prophètes écrivains, et durant plusieurs siècles ensuite. Au fond, la fausse prophétie culminera dans les cris des grands prêtres et des pharisiens : « Enlève-Le, enlève-Le, crucifie-Le ! » Il importe de comprendre que ce phénomène est profondément enraciné dans la psychologie de l’être humain déchu et que les chrétiens, eux aussi, risquent d’y être confrontés. Non seulement à l’époque de l’exil, mais bien plus tard encore, nous voyons des « prophéties » déterminées par l’engagement politique. Voilà précisément pourquoi, dans l’une de ses lettres, l’apôtre Jean appelle à « ne pas croire tout esprit, mais à éprouver les esprits pour voir s’ils sont de Dieu » (1 Jn 4:1).

La seconde moitié du chapitre 13 est consacrée à un phénomène proche de la fausse prophétie « politique », mais non identique. Pour les distinguer, le prophète parle ici de fausses prophétesses, à la différence des faux prophètes de la première moitié du chapitre. Selon toute apparence, cette seconde forme de mensonge était effectivement davantage pratiquée par des femmes. Il s’agit de sorcellerie, de divers rites magiques destinés à connaître l’avenir et même à agir sur lui. Cette forme de fausse prophétie est bien plus primitive que la première et n’est pas guidée par un patriotisme mal compris mais néanmoins élevé, mais par la soif de gain. « Pour une poignée d’orge et un morceau de pain », les fausses prophétesses, enveloppées d’une aura de mystère, prédisent le destin, conjurent les malheurs par des formules, etc. Aujourd’hui, nos journaux de petites annonces regorgent d’offres telles que « Retour affectif garanti », si bien qu’il n’est pas nécessaire d’expliquer de quoi il s’agit. De même que nos sorciers et nos mages actuels utilisent les icônes, l’eau bénite et d’autres attributs du christianisme, de même, à l’époque du prophète Ézéchiel, ils utilisaient les attributs de la foi dans le Dieu unique. Leur prophétie de leur propre initiative prétend faire descendre l’approbation divine sur le client, alors que la véritable volonté de Dieu ne les intéresse pas. Le verset 22 en parle avec une force particulière : « Par le mensonge, vous attristez le cœur du juste que Je ne voulais pas attrister, et vous fortifiez les mains de l’impie, pour qu’il ne se détourne pas de sa voie mauvaise et ne préserve pas sa vie. »

Enfin, on ne peut manquer de relever une autre idée dans cet important verset : celle de la volonté de Dieu concernant la conversion et le salut de l’impie. Elle est exprimée ici presque en passant, mais le prophète y reviendra plus d’une fois par la suite, et elle deviendra l’une des idées centrales de son livre.