RÉFLEXIONS. La réflexion principale.

RÉFLEXIONS pour Rm 7:22-24

Paul s'appuie sans aucun doute sur sa propre expérience. Il a manifestement essayé lui-même d'atteindre l'idéal que proclamait alors la Synagogue : l'idéal de la Torah vivante. Bien sûr, devenir une Torah vivante ne signifiait pas simplement apprendre le Pentateuque par cœur et en répéter le texte sans cesse, même s'il y a encore aujourd'hui parmi les Juifs croyants bon nombre de personnes qui le connaissent par cœur. Il s'agissait d'autre chose. Devenir une Torah vivante signifiait que seule la Torah devait déterminer la vie de l'homme, tant extérieure qu'intérieure.

Aucune parole, aucune pensée, aucun acte, pas même aucune intention de l'homme devenu Torah vivante ne devait diverger de la Torah intérieure, de cet impératif spirituel et moral perçu comme la volonté de Dieu agissant directement dans l'homme, comme les intentions de Dieu qui, dans l'idéal, déterminent toute la vie de l'homme, entièrement et sans reste. C'était bien sûr un idéal, et un idéal inaccessible. La Torah vivante, pour un Juif de l'époque évangélique, est à peu près ce que la sainteté est pour le chrétien contemporain, avec cette différence toutefois que la sainteté demeure accessible au chrétien, même si ce n'est pas simple, tandis que devenir Torah vivante n'a été donné à personne dans l'histoire de la Synagogue.

Il faut parler ici précisément d'un idéal sur lequel on peut se régler, vers lequel on peut et doit tendre, mais que l'on ne peut pas réaliser. Ou du moins, qu'on ne pouvait pas réaliser avant la venue du Christ. Car on ne pouvait le réaliser qu'en surmontant entièrement les conséquences de la chute. Autrement dit, en changeant la nature humaine déchue elle-même. Mais l'homme ne pouvait pas le faire par lui-même, par ses propres forces.

Paul, alors qu'il n'était pas encore Paul ni apôtre, mais le Juif orthodoxe Shaoul, Saül, s'est convaincu par sa propre expérience de l'impossibilité de cet idéal, expérience qu'il a décrite dans sa lettre. Il a éprouvé lui-même combien il est douloureux de voir le but de toute sa vie, d'en être si proche qu'il semble suffire de tendre la main pour l'atteindre, et de comprendre en même temps que cette main ne t'obéit pas, qu'elle vit sa propre vie, sans t'écouter et en méprisant ta volonté. Et voilà que le but qui semblait tout proche devient inaccessible.

On peut comprendre pourquoi Shaoul finit par devenir si dur et si intolérant, pourquoi il est prêt à persécuter quiconque lui paraît apostat : de tels échecs spirituels ne passent pas sans laisser de trace. Sans cela, il serait difficile d'expliquer comment un homme formé par ce même Gamaliel, qui se montrait parfaitement calme envers les chrétiens, est devenu leur ennemi si acharné. Et c'est alors, sur le chemin de Damas, qu'eut lieu la rencontre qui changea sa vie : la rencontre avec Celui qui était Lui-même la Torah vivante et pouvait aider Shaoul à devenir tel lui aussi.