RÉFLEXIONS pour Rm 2:3-4
En raisonnant sur le jugement et la condamnation, Paul part du même point que le Sauveur Lui-même, qui appelait Ses disciples à s'abstenir de juger et de condamner leurs prochains. Et il ne s'agit pas ici du fait que nous serions incapables de voir le péché d'un autre homme. Il s'agit du fait qu'aucun de nous, les hommes, n'est en mesure d'évaluer la vie d'un autre homme dans toute sa plénitude. L'un des grands maîtres de la Torah, qui vécut environ deux siècles avant la venue du Sauveur, Hillel, disait : ne juge pas ton prochain avant de t'être trouvé toi-même à sa place. Il ne parlait que de l'évaluation d'actes concrets, mais même là il était très prudent et comprenait que, pour une évaluation adéquate, il faut connaître la situation dans toute sa plénitude, et de l'intérieur. Or le christianisme est la vie du Royaume et la vie dans le Royaume.
Et le jugement dont parle Paul, comme celui dont parle Jésus Lui-même, est un jugement dans le Royaume porté sur un habitant du Royaume. Un jugement absolu. Il ne peut exister en dehors du Christ Lui-même, et encore seulement à la fin des temps. Parce que Lui seul peut voir toute la vie de l'homme dans toute sa plénitude, et pas avant le moment où l'homme lui-même y mettra le dernier point ; or ce dernier point, dans tous les cas, ne sera pas posé avant le jour du Jugement dernier.
Il en résulte que toute autre appréciation d'un acte concret d'un homme dans telle ou telle situation ne peut être qu'une appréciation, non un jugement. Une qualification du crime, s'il s'agit réellement d'un crime, mais non une sentence. Et cela aussi, d'ailleurs, parce que le principe « se trouver dans la peau de son prochain avant de juger » reste valable pour les chrétiens. Mais dans ce cas, cela signifie non seulement se trouver dans sa situation par rapport à une circonstance concrète de la vie, mais encore se trouver dans la plénitude de la vie du Royaume afin de tout évaluer correctement : car il s'agit bien d'évaluer un homme qui vit dans deux mondes, dans le monde non encore transfiguré et dans le Royaume en même temps. Avec le monde non transfiguré, nous n'avons d'ordinaire pas de difficulté ; avec la plénitude du Royaume, en revanche, elles peuvent très bien surgir.
Ici, le principe est simple : que juge celui qui est sans péché. Sinon, celui qui juge sera lui-même jugé selon la logique du monde déchu, et non selon la logique du Royaume. Ce même monde où il n'y a pas de pardon pour le péché commis consciemment, mais seulement un châtiment éternel pour lui. Il ne s'agit pas ici d'une quelconque vindicte de Dieu, mais du fait qu'en choisissant tel ou tel point de vue, tel ou tel regard sur l'homme et sur sa vie, nous choisissons par là même la mesure de plénitude de notre propre existence. Ou, plus exactement, ayant choisi telle ou telle mesure de plénitude de notre propre existence, nous nous décidons à apprécier de telle ou telle manière les actes de ceux qui sont près de nous. Or c'est précisément ce choix qui devient choix de perdition ou de salut. C'est lui qui détermine si, en fin de compte, nous nous trouvons dans le Royaume ou dans les « ténèbres du dehors ».
