RÉFLEXIONS pour Lc 1:26-56
La lecture d’aujourd’hui est consacrée à un événement décrit par deux évangélistes : Matthieu (Mt 1,18-23) et Luc (v. 26-38). Luc a probablement utilisé dans son Évangile le témoignage personnel de la Vierge Marie, contrairement à Matthieu, qui s’appuyait sur le récit de Joseph. De plus, dans la présentation de Luc, le récit de l’Annonciation jouxte celui de la visite de la Vierge Marie à Élisabeth (v. 39-56). Par cette composition, l’évangéliste rapproche et met en relation deux événements : la naissance de Jean le Baptiste et la Nativité du Christ.
À première vue, ce rapprochement peut paraître assez artificiel, car même la naissance d’un prophète tel que Jean ne saurait être comparée, par son importance, à celle du Messie, le Christ. Pourtant, la comparaison de l’évangéliste a son sens. Tout miracle n’est autre qu’une intervention de Dieu dans la nature et dans l’histoire, qui modifie le cours des processus naturels et sociaux sans toutefois les interrompre entièrement. De ce point de vue, la Nativité du Christ pourrait elle aussi être considérée comme un miracle ordinaire, si le mot « ordinaire » pouvait convenir ici. Même la naissance du Messie, le Christ, et l’entrée du Royaume dans le monde ne sont pas quelque chose d’absolument extérieur à ce monde ; sinon, le Christ n’aurait pas eu à naître et l’Incarnation perdrait tout son sens.
Ce qui est étonnant dans le Royaume, c’est précisément qu’il accueille notre monde au lieu de le détruire. C’est peut-être pourquoi l’Incarnation était absolument nécessaire : en Se plaçant dans les limites de la nature humaine, limitée par définition, Dieu entre dans le monde non pas de l’extérieur, mais de l’intérieur, de sorte que Sa grandeur ne L’empêche plus de devenir pleinement, jusqu’au bout, une partie du monde qu’Il a Lui-même créé. Apparemment, il n’était pas possible d’agir autrement dans le monde déchu ; on ne pouvait le redresser que de l’intérieur, et Dieu fait ce pas par amour des hommes. Mais auparavant déjà, Il n’avait abandonné ni l’humanité ni, surtout, Son peuple. Chaque miracle, chaque manifestation de Dieu était un pas vers le monde et vers l’homme. Luc a donc parfaitement raison de rapprocher la naissance de Jean de celle de Jésus, car tous les miracles « ordinaires » ne trouvent leur sens que dans le miracle principal : la naissance du Messie et la manifestation du Royaume.
