RÉFLEXIONS pour 1Th 4:13-14
La question du sort de ceux qui avaient déjà achevé leur parcours terrestre se posait avec assez d'acuité dans l'Église de Thessalonique, au point que Paul jugea nécessaire d'en parler à part. Cette acuité venait du fait que la première génération de chrétiens, ou du moins certains de ses représentants, commençait à quitter cette vie sans avoir attendu le retour du Sauveur, et ceux qui restaient se posaient naturellement la question : que leur arrivera-t-il ensuite ? La question était liée à des représentations traditionnelles préchrétiennes de la mort et de l'au-delà, non encore dépassées, qui revenaient à penser qu'après la mort l'homme descend dans le shéol, dans le monde des ombres, où il demeure comme une telle ombre jusqu'au jour du Jugement et donc de la résurrection générale.
Pourtant, dans la conscience des croyants, le jour du Jugement et de la résurrection était aussi lié au jour de la venue du Messie, qui, pour les chrétiens, était venu de façon absolument certaine ; dès lors, la mort, du moins pour ceux qui avaient accueilli le Messie venu, ne devait plus exister du tout. Autrement dit, selon une telle logique, les chrétiens ne devaient tout simplement pas mourir : ils devaient attendre le prompt retour du Messie et recevoir enfin de Lui cette plénitude de vie qui exclut la mort par principe. Mais la réalité contredisait cette logique : les chrétiens mouraient comme tous les autres hommes. Paul, cependant, voit la réalité tout autrement.
Sa vision se distingue de celle des destinataires de sa lettre par une plus grande plénitude et, par conséquent, par une plus grande ampleur. Pour l'apôtre, la vie du chrétien ne se réduit pas au cadre de son étape terrestre. Elle se poursuit après la fin de cette étape, et, dans son ensemble, le chemin du chrétien ne s'achèvera qu'au jour du retour du Christ et du triomphe du Royaume. Alors tous se rencontreront : car les chemins de tous les chrétiens, quelle que soit l'époque terrestre où ils ont commencé, convergent vers ce point. Et là, la question des premiers et des derniers, de l'« avant » ou de l'« après », n'aura plus de sens.
Personne n'aura à attendre personne : tous arrivent au lieu de rencontre au moment où leur propre chemin les y conduit, et lorsque l'homme parvient au bout de son chemin, il se trouve que, d'une manière mystérieuse, il est arrivé à temps, comme tous les autres. Et alors commence quelque chose de nouveau : la vie du Royaume dans toute sa plénitude. Avec la participation de chacun de ceux qui sont venus.
