RÉFLEXIONS pour Rm 9:1-18
Le peuple juif, comme tout peuple sur la terre, a sa propre histoire, en partie déterminée par les mêmes lois sociales qui déterminent en général l'histoire de tous les peuples. Mais outre cette histoire commune à tous, le peuple juif, comme peuple de Dieu, fait partie d'une autre histoire : l'histoire de l'Alliance, l'histoire de ces relations de Dieu avec Son peuple et avec l'humanité entière, qui constituent un processus spirituel intérieurement unique. Dans ce processus, le peuple juif est cet axe même sur lequel tout tient et autour duquel tout tourne.
Et en cette qualité il demeurera pour toujours, jusqu'au second avènement. Mais tout homme né Juif ne devient pas automatiquement un homme de Dieu. Et l'histoire d'Israël montre que les frontières du peuple de Dieu et de la nation juive n'ont pas toujours coïncidé. À proprement parler, ce n'est qu'après l'exil babylonien, lorsque le judaïsme devint une communauté ethnoconfessionnelle, qu'il fut possible de parler du peuple de Dieu au moins formellement : avant l'exil, beaucoup de Juifs étaient, en fait, et parfois formellement, païens.
Plus encore : ils étaient alors la majorité, ce qui rendit l'exil lui-même inévitable. Dans l'exil se détacha ce reste dont parlaient déjà les prophètes d'avant l'exil, et ce reste devint la base du nouveau judaïsme postexilique, qui existait déjà comme communauté ethnoconfessionnelle où les païens ne pouvaient exister par définition. Mais voici que le Messie est venu, et il s'est avéré qu'une seule religiosité ne suffit pas : il faut vivre une vie spirituelle pleine pour Le reconnaître et Le suivre. Or dans toute communauté religieuse, il y a toujours plus de personnes religieuses que de personnes vivant d'une vie spirituelle ou cherchant une telle vie.
Et de nouveau commence le choix d'un reste, désormais non selon le principe religieux, mais selon le principe spirituel : ceux pour qui leur propre religiosité est plus chère ne conviennent pas au Royaume. Mais l'alliance demeure en vigueur. Dieu ne renonce pas à une union qu'Il a conclue une fois. Les Juifs ont avancé sur le chemin vers le Royaume plus loin que tout autre peuple, et personne ne leur enlèvera cela. Il est vrai que, concrètement, un tel avantage ne change rien pour eux : car l'important n'est pas d'aller plus loin que les autres, mais d'atteindre le but. C'est ce que Paul espère, c'est pour cela qu'il prie. Il veut que le chemin parcouru partiellement par son peuple soit parcouru par lui jusqu'au bout. Jusqu'au Royaume même.
