RÉFLEXIONS pour Os 7:1-16
La lecture d’aujourd’hui poursuit la dénonciation du peuple de Dieu par le prophète. Mais une dimension nouvelle y apparaît maintenant, directement liée au thème du jugement. Il s’agit des tentatives de Dieu de guérir spirituellement le peuple, évoquées dans la prédication d’Osée (v. 1). Il n’est pas étonnant que la guérison ait mis à nu tous les péchés du peuple. Sa réaction fut tout à fait prévisible. Le peuple recule devant Dieu, préférant rester ce qu’il est et oubliant Dieu dans l’espoir que, d’une manière incompréhensible, tout finira par s’arranger et que Dieu fermera les yeux sur ses péchés. Mais Dieu se souvient manifestement de tout et n’a nullement l’intention d’oublier quoi que ce soit (v. 2).
Il semblerait que l’idée même que Dieu puisse oublier les péchés de ceux qu’Il considère comme Son peuple, ou qu’Il puisse tout simplement rester indifférent au péché humain, devrait paraître au moins étrange à un croyant. Mais il semble qu’il ne s’agisse pas ici d’une réflexion sur la situation, mais au contraire d’un comportement totalement irrationnel. Sur le plan religieux, la situation du Royaume du Nord, celui d’Israël, où prêchait le prophète, était très contradictoire. D’un côté, les autorités y encourageaient un paganisme de fait sous couvert d’une double croyance ; telle fut la politique religieuse officielle de presque tous les rois qui régnèrent au Nord. De l’autre, elles voulaient se montrer plus yahvistes que les autorités de la Judée voisine, le Royaume du Sud, où aucune réforme officielle n’avait été menée et où le yahvisme était formellement conservé sous la forme originelle qu’il avait dans l’Israël encore uni, sous David et Salomon. Mais elles n’y parvenaient guère, car Jéroboam, fondateur du Royaume du Nord, avait déjà rompu entièrement non seulement avec Jérusalem, mais aussi avec le sacerdoce lévitique traditionnel, fondant à Béthel un centre religieux concurrent et instituant un nouveau sacerdoce qui n’avait rien de commun ni avec la Torah ni avec la tradition.
La « raison politique » l’emporta sur l’une comme sur l’autre, tandis que les prophètes qui s’y opposaient étaient persécutés. Les autorités ne pouvaient déjà plus simplement renoncer à la politique religieuse suivie : chaque roi qui gouvernait le pays comprenait que, s’il se décidait à un tel pas, il lui faudrait abandonner le trône. Ses sujets comprenaient qu’il leur faudrait vivre autrement, de sorte que beaucoup de ceux qui avaient amassé leur fortune non seulement par le péché, mais par le crime (v. 3–5), perdraient très probablement tout. Personne, semble-t-il, n’était prêt à une telle évolution. Mais ni les gouvernants ni leurs sujets ne pouvaient justifier leur refus du changement, car tous comprenaient que la Torah comme la tradition étaient contre eux.
Il ne restait qu’à s’accrocher à toute possibilité, même illusoire, pourvu qu’elle semblât permettre de résoudre les problèmes sans rien changer au fond (v. 8–12). Une telle position ne peut conduire qu’à une impasse, spirituelle aussi bien que politique (v. 13–16). C’est contre elle que le prophète met en garde ses compatriotes ; mais ni lui ni Dieu Lui-même ne peuvent changer le choix de ceux qui préfèrent s’agripper à leurs biens en repoussant la main de Dieu.
