RÉFLEXIONS pour Mt 18:11
Les représentations messianiques traditionnelles de l'époque évangélique supposaient des exigences assez strictes imposées à ceux qui cherchaient le Royaume messianique. On supposait que seuls les justes recevraient le droit d'y entrer. Et le Messie Lui-même, bien sûr, choisirait pour Son entourage le plus proche uniquement des justes. Les pécheurs ne pouvaient avoir place autour de Lui. Il allait de soi, en même temps, que de tels justes existaient. Rien d'étonnant : la justice se comprenait alors dans un contexte exclusivement religieux, comme conformité aux normes et exigences admises dans la communauté religieuse, avant tout aux exigences de pureté rituelle. La pureté rituelle supposait bien sûr aussi l'abstention du péché. Mais tous comprenaient qu'il n'y a pas d'hommes parfaits dans le monde.
L'abstention du péché supposait l'observance des commandements donnés par Dieu autant que cela est possible à l'homme déchu. Mais là aussi la mesure de la justice variait : les uns s'efforçaient de tout accomplir scrupuleusement, sans négliger le moindre détail des nombreuses prescriptions morales et rituelles ; d'autres se limitaient au minimum. Ceux qui accomplissaient, comme il leur semblait, tout exactement, regardaient les autres de haut, certains que, pour eux au moins, les justes, le Royaume était garanti.
Mais Dieu, comme le Messie qu'Il a envoyé, voit la situation tout autrement. Pour Dieu, il n'y a pas de différence entre une « grande » et une « petite », une « pleine » et une « incomplète » justice. La justice n'est pas une propriété de l'homme, mais son état. Et cet état est déterminé par Dieu, non par l'homme. C'est l'action de Dieu qui fait du juste un juste, non ses propres efforts. Bien sûr, il est aussi demandé beaucoup à l'homme dans ce cas, mais la justice ne lui est possible que comme don de Dieu. C'est pourquoi le Messie vient dans le monde avant tout comme Sauveur, non comme Juge. Certes, Sa venue même dans le monde est déjà un jugement.
Les uns L'accueillent, les autres Le rejettent. Cet accueil ou ce rejet détermine le destin de l'homme dans l'éternité. Mais Dieu ne veut la perte de personne. Il envoie Son Fils dans le monde non pour condamner le plus grand nombre possible de pécheurs, mais pour que le plus grand nombre possible d'hommes puisse être sauvé du mal dans lequel gît le monde et entrer dans le Royaume. Il n'y a pas d'hommes sans péché, et il n'a aucun sens pour des hommes déchus de se mesurer les uns aux autres avec une justice qui ne leur appartient pas.
D'autant plus que ni Dieu ni le Sauveur envoyé par Lui ne sont impressionnés par cette justice. De même, la condition pécheresse de l'homme déchu ne choque pas le Messie : Il sait dans quel monde Il est venu et à quels hommes Il aura affaire. Mais Il est venu non pour juger ces hommes, mais pour les sauver. Car le Royaume est pour tous ceux qui cherchent, non pour les seuls justes. Pour le Royaume, même le pécheur le plus notoire peut s'engager sur le chemin de la justice. Mais une justice qui n'a pas le Royaume en vue est une impasse spirituelle. Un chemin qui ne mène nulle part.
