RÉFLEXIONS pour Mt 14:22-36
« ...Pierre Lui répondit : Seigneur, si c’est Toi, ordonne-moi de venir vers Toi sur les eaux. Il dit : Viens... » Combien de fois les doutes au sujet de notre foi nous assaillent-ils ! C’est un bon signe, le signe que notre foi est saine. Souvenez-vous du troisième psaume : « Seigneur, qu’ils sont nombreux ceux qui me tourmentent ! Beaucoup se lèvent contre moi ; beaucoup disent à mon âme : il n’y a point de salut pour lui en son Dieu » (Ps 3:2–3). Dans l’interprétation spirituelle de ce psaume, tous ceux qui se lèvent contre ma foi sont une force bien réelle, même si personne ne me persécute visiblement. Et lorsque cette force attaque, combien nous désirons crier vers le Seigneur et dire : si c’est Toi, ordonne-moi de connaître Ta nature divine ; rends-moi au moins en partie semblable à Toi, partage Ta divinité avec moi, fais-moi participer à Toi, afin que j’en sois convaincu : c’est Toi. Quel est en effet le geste de Pierre ? Au fond, il a désiré une expérience qui dépasse ce monde, une expérience surnaturelle qui fortifierait sa foi. Il est des moments où nous le désirons nous aussi de tout notre être. Nous avons si peur, notre foi est si fortement ébranlée, que nous voulons désespérément saisir la main du Seigneur. Et comment faisons-nous face à cela ? Nous entendons une voix intérieure : qui es-tu pour que de tels miracles t’arrivent ? Que resterait-il alors de ta foi ? Ce serait déjà une expérience certaine, et non la foi. Va à l’église, regarde la foi des autres et fortifie-toi par elle. Et puis, te dit-elle, les miracles n’existent pas de nos jours ; qui en a vu, hormis quelques fous et gens d’Église ?... Mais toute cette façon de se rassurer n’est pas vraiment satisfaisante. Car le Seigneur dit autre chose ; Il dit : viens. Viens. Il est très important de l’entendre. Tu doutes ? Viens, ose, éprouve, cherche l’expérience. Car la vraie foi ne commence qu’après l’expérience réelle d’une rencontre avec Dieu ; avant cet événement, il n’y a qu’une recherche, qu’une piété, qu’une intention. Notre manière de nous rassurer peut nous sembler parfaitement juste, très humble et très vertueuse. Mais l’humilité est vide sans l’audace. Nous devons toujours nous en souvenir. À certains égards, la lecture d’aujourd’hui sur Pierre est proche, par son esprit, du récit où Thomas reçoit la certitude. Thomas voulait lui aussi une expérience réelle. Et il l’a reçue. Il l’a reçue parce que le Seigneur Lui-même l’a voulu. Sa volonté est que notre foi ne soit pas un code de prescriptions écrites, ni la lettre, même reçue avec révérence, ni seulement un rite, ni seulement la piété, ni seulement la vertu, ni notre monologue envoyé dans Sa direction avec le désir frénétique qu’Il l’entende au moins, comme une lettre adressée aux plus hautes instances ministérielles : il est clair qu’elles ne répondront pas, mais il existe peut-être une petite chance qu’elles la lisent. Ce n’est pas cette foi que le Seigneur attend de nous. Il veut une vraie vie commune, une véritable coopération ; Il veut que nous nous frayions audacieusement un chemin pour parler avec Lui face à face. Si tu le désires vraiment, va à Sa rencontre. Va seul, laisse tous les tiens dans la barque et va.
