RÉFLEXIONS pour Mt 11:1-30
La lecture d’aujourd’hui nous dit beaucoup sur la sagesse telle que Jésus la comprend. Elle commence par un épisode décrivant l’étrange perplexité, à première vue, de Jean le Baptiste devant le ministère du Sauveur (v. 2–6). En effet, la question fut posée par celui-là même qui avait le premier désigné Jésus comme le Messie, le Christ (Mt 3:13–17). Pour Jésus Lui-même, cet épisode devint l’occasion de paroles amères sur la sagesse humaine. Le problème n’est pas la limitation de la raison humaine : cette limitation n’a rien d’effrayant en elle-même, car Dieu n’avait pas conçu l’homme omniscient dès l’origine. Le problème est de savoir comment et dans quel but l’homme utilise la raison que Dieu lui a donnée. Or l’homme déchu, semble-t-il, l’utilise le plus souvent pour se justifier et s’affirmer. Les auteurs de l’Ancien Testament considèrent la sagesse comme l’art de construire des relations avec Dieu et avec les hommes, comme la science d’une vie juste. Mais elle dégénérait souvent en une sorte de jeu intellectuel destiné uniquement au divertissement et, en ce sens, peu différent des jeux d’enfants (v. 16–17). Le pire fut que ces jeux, pris tout à fait au sérieux, cachèrent aux « sages », au moment décisif, la Vérité vivante venue dans le monde ; ils leur cachèrent le Royaume. Quel Messie les Juifs croyants attendaient-ils à cette époque ? Les conceptions théologiques messianiques étaient nombreuses, mais il se trouva que le Messie réel n’entrait pleinement dans aucune d’elles. Jean le Baptiste lui-même attendait peut-être autre chose du Messie, le Christ, qu’il avait reconnu. Quoi qu’il en soit, il est impossible de satisfaire ceux qui tiennent davantage à leurs théories qu’à la vérité : s’il jeûne, c’est qu’il est possédé ; s’il ne jeûne pas, c’est un glouton, un ivrogne et un pécheur (v. 18–19). Une seule chose importe ici : celui que l’on juge répond-il aux critères des « nôtres », entre-t-il dans le cadre de la conception, ou non ? Sinon, on peut toujours trouver des arguments pour déclarer un tel homme « incorrect », pécheur, transgresseur de la Torah et serviteur de Satan. Les partisans de la théorie « correcte » sauront toujours justifier sa « correction » (v. 19). Mais, au Jugement, ces « théoriciens » auront plus de mal que ceux qui ont simplement péché sans aucune théorie (v. 20–24). Cela n’a au fond rien d’étonnant : le sage qui a employé sa sagesse au mal porte une responsabilité plus grande que celui qui ne prétend à aucune sagesse.
