RÉFLEXIONS pour Ex 12:1-41 — le 25 mars 2023

RÉFLEXIONS pour Ex 12:1-41

Il n’est pas étonnant que le sacrifice soit devenu le fondement de la fête juive de Pessa’h (la Pâque de l’Ancien Testament) (v. 3–7), car, dans l’Antiquité, tous les peuples et toutes les tribus sans exception le considéraient comme une forme de communion avec les puissances supérieures, les dieux et les esprits. Dans le yahvisme, dont l’histoire commence avec l’appel d’Abram et s’achève en 70 apr. J.-C. par la destruction du Second Temple, le sacrifice est lui aussi devenu le fondement du culte, car il constituait là encore le principal moyen de communion avec Dieu. Le repas sacrificiel était considéré comme un repas commun de Dieu et des hommes, que rien ne pouvait remplacer. Et c’était avant tout le sang sacrificiel que Dieu sanctifiait : dans l’Antiquité, en effet, le sang était considéré comme le réceptacle du principe vital, que la Bible appelle souvent l’« âme » (Gn 9:4, 10, 12, 15). Ainsi, le principe de vie sanctifié par Dieu unissait l’être humain à Dieu. Mais Moïse parle au peuple d’autre chose : il parle du sang sanctifié qui délivre d’une mort autrement inévitable (v. 12–13). À première vue, cela peut sembler quelque peu étrange. Pourtant, à bien y réfléchir, nous n’avons devant nous qu’un cas particulier reflétant la situation générale. Celle-ci tient au fait que la vie en général, et la vie humaine en particulier, n’est pas un droit inaliénable, mais un don de Dieu que l’être humain ne possède pas et ne peut posséder sans relation avec Dieu. Dans le monde animal, où Dieu ne crée pas des animaux isolés mais des espèces entières, de sorte que chaque animal est créé selon le modèle propre à son espèce (« selon leur espèce », comme l’exprime le langage de l’Ancien Testament, Gn 1:24–25), la vie d’un individu ne vaut rien devant Dieu ; seule compte l’espèce, dont l’existence entre dans le dessein divin sur le monde. La situation est différente pour l’être humain, créé non à l’image de son espèce biologique, mais à l’image et à la ressemblance de Dieu. Elle ne peut toutefois être différente que si sa relation avec Dieu n’est pas détruite. En l’absence d’une telle relation, l’être humain se trouve devant Dieu dans la situation d’un animal, comme simple représentant de son espèce biologique. Bien sûr, même alors Dieu voit en lui Son image et Sa ressemblance ; mais sans relation avec Dieu, cette image se déforme en l’homme, et rien ne peut y être changé sans sa volonté. Si l’homme refuse de laisser Dieu entrer dans sa vie, Dieu n’y fera pas irruption de force. Il est alors voué à la mort. Il y est voué comme représentant de son espèce, parce que, selon les lois de la nature, le plus fort survit et que Dieu ne garantit nullement la vie de chaque représentant particulier d’une espèce biologique. Il y est également voué comme phénomène de la nature vivante, mortelle en tant que telle : il semble que le dessein de Dieu n’ait pas prévu d’animaux immortels. C’est seulement dans le cadre d’une relation avec Dieu que l’homme reçoit l’espérance de la vie — pour l’instant, durant la nuit de la Pâque de l’Ancien Testament, l’espérance d’une vie temporelle. Le temps viendra où, durant une autre nuit, celle de la Pâque du Nouveau Testament, il recevra l’espérance de la vie éternelle.