RÉFLEXIONS pour Lc 9:50 — le 24 mars 2023

RÉFLEXIONS pour Lc 9:50

Les paroles du Sauveur disant que ceux qui ne sont pas contre les chrétiens sont par là même « pour » peuvent, au premier abord, paraître un peu étranges. En effet, combien y a-t-il dans le monde de gens qui n'ont rien contre le Christ ni même contre le christianisme, mais qui, en somme, n'ont rien non plus « pour ». Ils sont simplement indifférents à tout cela, soit en demeurant agnostiques, soit en choisissant pour eux d'autres traditions spirituelles et d'autres chemins spirituels.

Peut-on appeler une telle position une position « pour » le Christ ou « pour » le christianisme ? Si l'on considère le christianisme comme une nouvelle religion, alors, bien sûr, la réponse ne peut être que négative. Toute religion a besoin de partisans, de préférence conscients, actifs et convaincus d'avoir raison, capables de répandre cette religion et de témoigner de sa vérité.

Mais le christianisme n'est pas une nouvelle religion ; il est une vie nouvelle. La vie avec le Christ dans Son Royaume, qu'Il a apporté dans le monde. Or avec la vie tout n'est pas aussi simple qu'avec les idées et les convictions politiques, sociales, scientifiques ou même religieuses. On ne devient partisan de certaines idées ou convictions que lorsqu'on les comprend et les accepte jusqu'au bout.

Bien sûr, toute religion compte parmi ses partisans des gens qui ne s'y connaissent guère, non seulement dans ses subtilités théologiques, mais parfois même dans les nuances de sa doctrine ; pourtant même ces adeptes peu versés dans les subtilités expriment leur soutien à leur religion de manière tout à fait consciente et sans équivoque, parfois même plus résolument que tous les autres. Mais avec la vie, tout n'est pas aussi simple ; souvent les gens vivent toute leur vie, ou la plus grande partie de leur vie, sans se demander du tout comment, de quoi et pourquoi ils vivent.

Il en va de même de la vie du Royaume qui, selon la parole du Sauveur, s'est désormais approché. Un homme peut parfois sentir le souffle du Royaume sans très bien comprendre ce qui lui arrive ni à quoi il a affaire. Après la venue du Christ, cela se produit souvent : le Royaume s'est approché de tous, et pas seulement des chrétiens ; c'est une réalité spirituelle objective, non une expérience spirituelle appartenant à une confession déterminée, encore moins monopolisée par elle.

Le souffle du Royaume peut aujourd'hui être ressenti par chacun, si toutefois il ne rejette pas d'avance tout ce qui est lié au Christ et au christianisme. Mais alors il apparaît qu'un homme qui, apparemment, n'a aucun rapport avec le christianisme peut se trouver « pour » le Christ et « pour » les chrétiens, à condition, bien sûr, qu'il prenne au sérieux son expérience et sa vie.

Certes, un tel christianisme « anonyme » ne garantit pas encore que l'homme s'engagera consciemment sur le chemin chrétien ; mais il ne deviendra sans doute pas non plus ennemi du Christ et des chrétiens. Cela signifie que le chemin vers le Royaume restera ouvert pour un tel homme, et que la possibilité de le parcourir pourra se conserver assez longtemps pour lui, aussi longtemps que le voudra Celui qui a apporté le Royaume dans le monde.