RÉFLEXIONS pour Dn 3:13-14
Les persécutions qui s'abattirent sur les fidèles après le décret de Nabuchodonosor s'associent aussi bien aux événements de la fin du règne du roi Nabuchodonosor qu'aux événements du temps d'Antiochus Épiphane, quand fut écrit le livre de Daniel. Aujourd'hui, on peut tenir pour établi que le dernier souverain du royaume néo-babylonien, Balthazar, réalisa réellement une certaine réforme religieuse qui provoqua le mécontentement du clergé local. Certains historiens supposent qu'au cours de cette réforme il exposa, entre autres, les statues sacrées à la vue de tous, faisant ainsi du culte des dieux une cérémonie publique (auparavant, les statues et images sacrées étaient cachées au fond des temples, dont l'accès était fermé aux non-initiés). Apparemment, cela conduisit à un conflit non seulement avec la corporation sacerdotale babylonienne, mais aussi avec la Synagogue ; il est possible que ses membres les plus actifs, qui refusaient de participer à ce genre de manifestations religieuses païennes publiques, aient réellement subi des persécutions, bien que nous n'en ayons aujourd'hui aucune information précise.
Il n'est pas exclu cependant que certaines traditions concernant ces persécutions aient été conservées dans la Synagogue, et que l'auteur du livre de Daniel les ait utilisées en attribuant les réformes elles-mêmes non à Balthazar, mais à son prédécesseur sur le trône, Nabuchodonosor. Or, sous Antiochus Épiphane, quelque chose de semblable se répéta à une échelle beaucoup plus vaste, et nous en savons assez sur les persécutions d'Antiochus, notamment grâce aux livres des Maccabées conservés jusqu'à notre époque. Antiochus, qui se considérait sérieusement comme fils de Zeus, ordonna d'installer des autels de Zeus dans toutes les villes du pays, y compris bien entendu Jérusalem, et en même temps ses propres autels : il se considérait lui-même, sinon comme un dieu, du moins comme un demi-dieu. À Jérusalem, évidemment, il ne trouva pour ses autels aucun autre lieu que la cour du Temple. On imagine aisément la réaction des Juifs devant un tel sacrilège : il y avait profanation du Temple, et donc de la ville ; on se souvint des temps de l'exil babylonien, ainsi que de la prédication des anciens prophètes sur la venue du Messie et l'avènement du Royaume messianique après les persécutions qui s'abattraient sur les fidèles peu avant ces événements. Pourtant l'auteur du livre n'est nullement un enthousiaste exalté : son Daniel n'est pas le héros de traditions anciennes à qui un salut miraculeux serait garanti par les lois du genre. Il ne sait qu'une chose : son affaire est de garder fidélité à Dieu ; que Dieu le sauve ou non de la mort dans une situation concrète, cela relève de Dieu et ne dépend pas de l'homme. Mais c'est précisément une telle fidélité, et non l'attente d'un miracle inévitable, qui devient le gage du salut.
