RÉFLEXIONS pour Ez 47:1-9
Dans le livre d'Ézéchiel, les visions occupent une place tout à fait particulière. Cela s'explique par les traits propres à Ézéchiel lui-même, dans la vie spirituelle et le ministère prophétique duquel l'expérience visionnaire jouait un rôle essentiel. C'est sous forme de visions qu'il reçut des révélations très importantes pour tout le peuple. L'une d'elles était la vision du nouveau Temple, qui remplaça effectivement l'ancien, détruit par les Babyloniens. Ce Second Temple fut construit sur les anciennes fondations peu après la fin de l'exil.
Mais le Temple que voit Ézéchiel ressemble peu à celui que bâtirent les rapatriés revenus de Babylone, tout comme il ressemble peu au Temple d'Hérode. C'est plutôt un Temple-symbole, et avant tout un symbole de l'époque messianique. Ce n'est pas un hasard si un fleuve d'eau vive coule de sous les fondations du Temple : l'eau vive était le symbole de ce renouvellement spirituel que préfiguraient les ablutions purificatrices, qui délivraient ceux qui s'y soumettaient des conséquences du péché commis. Mais l'eau qui coule de sous le Temple ne fait pas que purifier : elle renouvelle aussi quiconque se plonge dans ses eaux, non seulement spirituellement, mais aussi physiquement, donnant à celui qui s'y lave la plénitude de la vie, spirituelle et corporelle.
Ainsi Dieu révélait à Son prophète cette perspective messianique dont le Second Temple ferait, en son temps, partie. Du point de vue de la perspective historique, il s'agissait bien sûr de cette distorsion bien connue de la perception prophétique, qui rapprochait tellement des événements souvent très éloignés dans le temps que les contemporains des prophètes les attendaient presque du jour au lendemain. Ainsi, les rapatriés revenus de Babylone sur les ruines de Jérusalem étaient certains que le Messie allait paraître d'un instant à l'autre : il suffisait de restaurer, ou plus précisément de rebâtir, le Temple.
Mais on ne peut qualifier cette vision de distorsion que du point de vue d'une perception linéaire et purement extérieure de l'histoire. Du point de vue spirituel, la fin de l'exil et la reconstruction du Temple engageaient réellement le peuple dans cette dernière ligne droite qui aboutissait au seuil de la Nouvelle Alliance. Et l'histoire du peuple de Dieu se révéla au prophète telle que l'avaient vue nombre de ses prédécesseurs : le péché, la catastrophe et la perte de la terre donnée par Dieu comme conséquence de ce péché, puis la conversion, le renouvellement spirituel et le retour sur la terre des pères, non plus comme le peuple d'autrefois, mais comme un peuple nouveau. Un peuple auquel il ne reste désormais qu'une tâche : attendre le Messie et Le suivre dans ce Royaume qu'ils avaient tant attendu.
