RÉFLEXIONS pour Rm 14:6-8
Dans l'Église de Rome, la question de l'observance ou de la non-observance des prescriptions religieuses du judaïsme se posait avec assez d'acuité : la communauté chrétienne de Rome était très diverse. Il devait y avoir là beaucoup de Juifs, car la communauté juive de Rome était l'une des plus grandes communautés de la diaspora dans l'Empire romain, et parmi les Juifs de Rome il y avait certainement beaucoup de personnes qui avaient reçu le Christ.
Mais il y avait sans doute tout autant d'anciens païens dans l'Église de Rome : Rome était la plus grande ville de l'empire, on y trouvait beaucoup de gens intéressés par le judaïsme et par toutes sortes de nouveaux mouvements spirituels, de sorte que le terrain y était favorable à la prédication. Et c'est alors, lorsque les Juifs rencontraient dans la communauté chrétienne d'anciens païens, que commençaient toutes sortes de conflits sur un terrain religieux, principalement liés aux questions de l'observance du shabbat et de la cacherout. Pour les païens, même ceux qui s'intéressaient activement au judaïsme et fréquentaient la synagogue (on les appelait d'ordinaire, dans le milieu juif, les « craignant Dieu »), l'observance des prescriptions religieuses juives n'était pas obligatoire.
Et devenus chrétiens, ils ne voyaient pour eux ni sens ni nécessité à les observer. Pour eux, tous les jours étaient semblables, et ils mangeaient, comme auparavant, la viande non cachère des marchés romains sans hésitation ni crainte. Mais à la même table qu'eux étaient assis des Juifs qui, sur la table d'un païen, pouvaient à la rigueur prendre quelques légumes ou quelques fruits : la cacherout de tout le reste sur une table païenne était en question, et un Juif observant fidèlement tous les commandements de sa religion n'aurait même pas touché à une nourriture non cachère.
Il en allait de même du shabbat et des autres fêtes juives : pour les Juifs, tout un système d'interdits et de restrictions rituels était en vigueur, ce qui ne provoquait chez l'ancien païen rien d'autre qu'un sourire. Une question légitime se posait : fallait-il considérer l'observance des normes et prescriptions religieuses du judaïsme comme obligatoire pour tous les chrétiens ? En principe, le concile apostolique tenu à Jérusalem peu avant la rédaction de l'épître avait répondu négativement à cette question, décidant que les païens qui reçoivent le Christ n'ont absolument pas l'obligation de devenir Juifs.
Mais en pratique, la question était plus large : la religion a-t-elle une valeur quelconque pour le chrétien en elle-même ? Donne-t-elle certains avantages à ceux qui la gardent ? Paul ne répond pas à cette question d'une manière aussi catégorique que certains destinataires de sa lettre l'auraient peut-être souhaité. Il la laisse au discernement de chaque membre de l'Église, en exigeant une seule chose : ne pas imposer à personne sa religion ou son absence de religion.
Paul comprend parfaitement que le christianisme n'est pas une nouvelle religion destinée à remplacer le judaïsme ou quelque culte païen, mais la vie avec le Christ dans Son Royaume. À certains, la religion peut aider en cela, et l'homme est alors libre de s'en servir pour atteindre le but ; pour d'autres, elle sera plutôt un obstacle, et il ne faut pas la leur imposer en exigeant d'eux l'observance de normes et de règles inutiles pour eux. L'essentiel est la vie dans l'amour du Christ, et le reste vaut mieux être laissé au discernement de chacun. Y compris la religion.
