RÉFLEXIONS pour Mc 9:30-50
Le passage d’aujourd’hui est consacré à l’un des thèmes principaux de tout le Nouveau Testament — le thème du Royaume de Dieu. Ce qui est particulièrement important ici, c’est que les explications concernant le Royaume sont données par Jésus Lui-même. Au centre de Son récit se trouve l’image de l’enfant, qui symbolise ceux qui occupent les premières places dans le Royaume de Dieu (v.36–37). Celui qui scandalise un enfant est pire qu’un meurtrier; car même le meurtrier est digne de jugement, tandis que Jésus compare un tel séducteur à un homme que l’on jette à la mer pour le noyer sans aucun jugement (v.42). Cette image, bien sûr, n’apparaît pas par hasard. Dans la société traditionnelle et patriarcale, dans les grandes familles, les enfants n’occupaient généralement pas les premières places honorables qu’ils occupent souvent dans les familles modernes. On regardait les enfants comme des serviteurs et des aides naturels, comme les membres plus jeunes d’une grande famille ou d’un clan patriarcal, qui étaient réellement les plus jeunes; c’est pourquoi la position d’un tel «serviteur naturel» ne les blessait pas le moins du monde et n’était pas ressentie par eux comme une humiliation ou un manque d’attention ou d’amour. Tout adulte, dans une telle position, ressent presque toujours une certaine infériorité et dépendance, ce qui se comprend, vu l’importance que revêt aux yeux d’un adulte la position sociale et le statut qui lui est lié. Les enfants n’y pensent pas, et il n’y a donc pour eux aucun problème ici. Apparemment, c’est précisément cela que Jésus a en vue lorsqu’Il donne l’enfant en exemple comme modèle de l’habitant du Royaume de Dieu: pour ceux qui veulent en être les habitants, il est important de renoncer aux représentations traditionnelles de l’importance de la position sociale et du statut social. Bien sûr, dans ce cas subsiste toujours le danger que se trouvent à côté des personnes désireuses de profiter d’un tel état de choses, de même qu’en tout temps il s’est trouvé des gens prêts à profiter de la naïveté bien connue de l’enfant et à en abuser; c’est de ce péché-là que Jésus dit qu’il est pire que le meurtre et indigne même d’un jugement — car l’homme qui agit ainsi non seulement rejette lui-même la plénitude de la vie du Royaume de Dieu, mais empêche aussi les autres de la recevoir. Cependant, il se trouve toujours dans la vie de l’homme quelque chose qui l’empêche de devenir un enfant au sens où Jésus en parle: ce peut être la «main», ou le «pied», ou l’«œil», en un mot, tout ce dont l’homme se sert pour ne pas être cet enfant qui peut entrer dans le Royaume. Et Jésus conseille de se débarrasser sans regret de ce qui fait obstacle (v.43–48). Parfois il peut sembler qu’on y perde quelque chose de vital, quelque chose sans quoi la vie deviendra diminuée; mais à l’épreuve il s’avère que la prétendue «plénitude» ne mène pas du tout là où l’on peut trouver la plénitude de la vie, tandis que l’apparente privation se transforme, au bout du chemin, en plénitude du Royaume de Dieu.
