RÉFLEXIONS pour Ap 2:15-16
Dans l'adresse à l'Église de Pergame, il est de nouveau question de l'enseignement des nicolaïtes, que Jésus assimile à la défense de la débauche et de l'idolâtrie. Il apparaît que suivre cet enseignement pouvait vider de sens même l'exploit de la confession de foi et du martyre, dont l'Église de Pergame connaissait des exemples. On sait aujourd'hui peu de choses des nicolaïtes et de leur enseignement. À en juger par les rares témoignages qui nous sont parvenus, il faut penser que ses partisans, d'après le nom, disciples d'un certain « maître » nommé Nicolas, dont aucune information n'a été conservée hormis son nom, tentaient d'affirmer pour les chrétiens une sorte de « droit au péché ». Apparemment, ils estimaient que le péché, comme mal inévitable, ne devait pas être condamné, pas plus que ne l'est le mal naturel, comme les catastrophes naturelles. Bien plus : partant de la foi que, par Sa mort sur la croix, le Sauveur avait racheté tous les péchés, ils considéraient probablement que désormais le péché avait cessé d'être un obstacle à la vie spirituelle : puisqu'il n'a plus de pouvoir sur l'homme, pensaient probablement les nicolaïtes, on peut désormais pécher tranquillement, en étant sûr de ne pas avoir à assumer les conséquences du péché commis.
Dans la pratique, une telle position conduisait à justifier le péché, justification érigée en principe. Bien entendu, avec une telle approche, la vie spirituelle se dégradait complètement et se déformait : la différence entre le péché et la justice disparaissait, et avec elle perdaient leur sens la Torah et la notion même du chemin de justice comme chemin vers le Royaume. Bien sûr, chacun doit pécher d'une manière ou d'une autre ; il n'y a pas d'hommes sans péché sur terre. Mais suivre la Torah suppose le repentir du péché commis, tandis que le chemin proposé par les nicolaïtes supposait sa justification, qui, contrairement au repentir et à la conversion qui le suit, ne demandait aucun travail spirituel, mais seulement une sorte d'agilité intellectuelle nécessaire pour fonder l'inévitabilité du péché et l'absurdité de tout effort pour lui résister. Il n'est pas étonnant que Jésus appelle l'Église de Pergame à une nouvelle conversion : car la justification du péché répandue dans le milieu ecclésial peut tuer spirituellement toute communauté. Seul le renoncement complet aux tentatives d'une telle justification ouvre la route du Royaume à ceux qui marchent.
