RÉFLEXIONS pour Jn 8:58-59
Habituellement, ceux qui lisent ces lignes pensent qu'Il a dit quelque chose qui devait être perçu par les pharisiens comme un blasphème évident : car Il parle de Lui-même comme de Dieu, employant même, semble-t-il, des expressions correspondantes, réservées à Dieu. Pourtant, en réalité, tout n'est pas si simple ni si univoque.
Ici, Jésus témoigne de Lui-même avant tout comme Messie, sinon directement, du moins par allusions. C'est du Messie que les prophètes parlaient comme de Celui qui existe depuis le commencement du monde. Dans le judaïsme de l'époque du Second Temple, l'idée que le Messie avait été pensé par Dieu avant même la création du monde était généralement admise.
Et en ce sens on parlait même de la divinité du Messie, même si, bien sûr, ce n'était pas au sens de Sa divino-humanité. Mais les paroles du Sauveur pouvaient elles aussi être comprises autrement que dans ce sens. Même « Je suis » ou, plus exactement, les expressions grecque et hébraïque correspondant à ce « Je suis » peuvent être interprétées non seulement comme une déclaration de divinité, mais aussi comme la proclamation d'une théophanie, en particulier d'une théophanie messianique. Dans les paroles du Sauveur, il n'y avait rien qui, après mûre réflexion, devait exiger la lapidation.
C'est autre chose lorsque l'on veut vraiment trouver une raison de saisir des pierres. Alors, bien sûr, toutes les ambiguïtés sont interprétées au détriment de l'accusé. Et les pharisiens qui écoutent Jésus comprennent manifestement Ses paroles de cette manière. Non pas parce qu'elles contiennent trop d'éléments ouvertement provocateurs. Ce qui provoquait était autre : tout le sens du discours du Sauveur rapporté par l'évangéliste.
Car tout ce discours témoignait que les pharisiens qui écoutaient Jésus n'étaient nullement porteurs de la Tradition authentique ni gardiens de l'orthodoxie, comme ils l'étaient à leurs propres yeux. Bien plus : il apparaissait qu'avec toute leur religiosité ils n'avaient, en réalité, que très peu de rapport avec la Tradition authentique, si même ils en avaient un. Or une telle position paraît, par définition, un défi lancé à Dieu pour un homme religieux.
Un tel homme ne voit vraiment pas la différence entre la Tradition authentique et la tradition de sa propre religion. S'il le souhaite, bien sûr, il peut la voir, même si ce n'est pas toujours simple. Mais chez l'homme religieux, ce désir est souvent moins fort que la peur pour sa propre identité religieuse, à laquelle il lui faudra inévitablement renoncer s'il se regarde lui-même et regarde le monde comme Jésus l'invite à le faire. C'est cette peur qui pousse les pharisiens à saisir des pierres. Et qui ouvre au Sauveur la route de la croix.
