RÉFLEXIONS pour Col 2:6-7
Paul parle de la vie chrétienne comme d'un « demeurer » et d'une « marche » en Christ. Dans la langue de la tradition juive, on décrivait d'ordinaire par de tels mots la manière dont le Juif fidèle suivait la Torah et la gardait, observait les commandements. L'apôtre, lui, emploie manifestement les mêmes mots pour parler de la suite du Christ et des relations avec Lui. Et cela n'a évidemment rien de fortuit: la première, et peut-être aussi la deuxième et même la troisième génération de chrétiens voyaient en Christ l'image de la Torah vivante, la réalisation de l'idéal qui, avant la venue du Christ, restait inaccessible.
Devenir Torah vivante était l'aspiration de tout Juif croyant, s'il prenait la vie spirituelle au sérieux. Mais pour cela, il fallait vivre de telle sorte que rien, sauf cet impératif spirituel et moral venant de Dieu et appelé Torah intérieure, ne détermine la vie de celui qui cherche. Atteindre un tel état était pratiquement impossible pour l'homme déchu: la nature abîmée par le péché y faisait obstacle. Jésus peut manifester au monde l'exemple de la Torah vivante précisément parce que Sa nature est libre du pouvoir du péché. Mais la même tâche se tient devant chacun de Ses disciples: les disciples du Christ doivent eux aussi devenir Torah vivante.
Autrement, il est impossible de vivre de la vie du Royaume: il faut ici se trouver dans un état spirituel particulier, qui exige une certaine qualité de vie intérieure, et cette qualité exige que la vie de l'homme soit déterminée uniquement par la Torah intérieure, uniquement par la volonté de Dieu agissant en l'homme et par les intentions qui lui correspondent. Un tel homme devient semblable au Christ non extérieurement, mais dans son essence: car dans le Christ aussi agit directement la volonté de Dieu, et dans toute sa plénitude. Cependant l'homme ne peut devenir Torah vivante que dans une communion directe avec le Christ, dans l'espace spirituel des relations qui le lient à Lui.
Autrement rien ne réussira: sans relations vivantes avec le Christ et hors d'elles, l'homme restera seul à seul avec son péché, comme cela arrivait avant l'époque chrétienne, et alors l'échec est inévitable. C'est ce séjour dans la dynamique des relations vivantes avec le Christ, comme à l'intérieur d'elles, dans l'espace spirituel qu'elles forment, que Paul appelle « demeurer » en Christ et « marcher » en Christ, en indiquant l'un et l'autre comme condition indispensable d'une vie chrétienne normale.
